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Petits dialogues entre amis qui s'apprécient et qui se définissent tous les deux comme d'éternels romantiques. Seulement, malgré un respect mutuel et une évidente complicité, lorsque Lang évoque sa façon de travailler ou sa conception du public, on sent bien que Godard peut, honnêtement, même à l'époque, difficilement se sentir sur la même longueur d'onde... Jolis petits croquis à l'appui, Fritz Lang explique sa façon de concevoir une séquence avant de la tourner, réglant chaque détail en amont. Il en va de même pour la structure d'ensemble d'un film, une séquence initiale étant pensée en vue d'une séquence finale. Godard pour sa part évoque son désir d'improvisation - et sa volonté de trouver un décor qui lui correspond plutôt que d'en faire construire un - gardant toujours sur un projet une vision d'ensemble... Mais c'est surtout lorsque Lang défend le cinéma comme un "art pour les masses" qu'on est surpris de ne point voir le JLG tiquer. Lang ne cache point sa volonté de faire des succès publics, le fait de toucher le public, son coeur, étant, à ses yeux, primordial. Godard, qui ne se cache point encore derrière des lunettes fumées, n'ose contredire les paroles du dinosaure... Finalement, l'idée sur laquelle ils semblent le plus se rejoindre - en 1967 tout du moins - c'est dans le fait que le cinéma est à leurs yeux un "art pour les jeunes", chacun revenant sur sa vision de la jeunesse. Il est aussi question de la censure (Godard qui râle contre la censure française qui interdit de montrer à l'écran la corruption d'un homme politique ou les erreurs d'un général - d'un autre côté, il reconnaît que la plupart de ses films serait censurée aux USA ou en URSS...) ou encore du rôle d'un metteur en scène que Lang définit comme un psychanalyste (capable de "marcher sous la peau d'un acteur" et de comprendre le travail d'un scénariste). On sent tout au long de ce dialogue que Lang se fait un point d'honneur à parler en français même s'il éprouve bien des difficultés à trouver le mot juste ; Godard est, lui, dans ses petits souliers, ne se permettant point de remettre en cause une théorie du sieur - il était encore tout jeunot, plein d'une humilité qui fait plaisir à voir... Maintenant c'est lui le dinosaure caché dans une caverne suisse... Ca tourne, eh ouais.