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Très beau mélo du gars Sirk alors en tout début de carrière, et qui nous offre une oeuvre aussi épurée que celle d'un Dreyer - on y pense forcément et pas seulement parce que l'une des héroïnes s'appelle Gertrud - qui bénéficie d'un final point avare en rebondissements. Ambiance ultra champêtre et fleur bleue même si l'on sent dès le départ que cette fameuse jeune fille des marais porte en elle une troublante aura ... Lorsqu'elle quitte le champ (...), on fait connaissance avec un bien joli ptit couple de jeunes destinés à se marier. Derrière les apparences aussi lisses qu'une petite rivière qui sommeille, il y a malgré tout des sentiments qui travaillent au corps nos personnages... - belle métaphore filée que celle des reflets de divers personnages dans l'eau, une image qui peut se brouiller à la moindre occasion. L'histoire donc d'un trio : un homme - Karsten -, deux femmes - Gertrud, fille du bailli et fiancée officielle de notre mâle, et Helga, simple servante au coeur sincère et aux intentions pures. Sur le papier Gertrud devrait pilonner Helga, sur la toile de Sirk, c'est une autre paire de manche qui s'annonce.

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L'histoire tient en deux lignes : Karsten repère cette petite servante lors de son procès ; celle-ci a préféré renoncer à un petit pactole plutôt que de voir son ex-amant (père de son gosse mais marié à une autre femme) parjurer - notre homme semble en effet préférer pêcher que d'admettre sa paternité, le bougre... C'est tout à son honneur, à la chtite Helga, mais là voilà dans la foulée qui se morfond tristement au bord de l'eau, sachant que ce beau geste ne va lui apporter ni thune ni taff. Eh ben elle se trompe du tout au tout, et elle passe en un clin d'oeil du désespoir à la liesse (comme un reflet soudainement inversé...) lorsque le jeune Karsten vient lui proposer de bosser sur son domaine. Karsten doit donc épouser la jeune Gertrud et tout semble aller pour le mieux si ce n'est que Gertrud voit d'un sale oeil cette fille guillerette tourner autour de son homme ("Quand on aime, on est un peu bête et la jalousie ne tarde jamais à rappliquer" dit presque mot pour mot une vieille qui a plus d'expérience que moi, de mémoire). Elle demande à Karsten de la renvoyer avant leur mariage ; ce dernier est à la torture tant il a de l'empathie pour cette chtite... On a outrepassé de manière scandaleuse les deux lignes, brisons là.

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Si on a au départ un peu de problème à cerner la chtite Helga rarement jouasse (la perte de sa fille, de son ancien amant, l'exil loin des marais...), on comprend qu'il y a surtout autour d'elle comme un nuage de croyances, de superstitions - c'est bien la fille des "marais", territoire de lutins comme lui dit sérieusement sa mère pourtant totalement à jeun. Pour traduire ce sentiment qui l'habite, il y a cette fabuleuse scène-clé où elle vient déposer de la cendre de chez elle dans l'âtre du foyer de Karsten - il s'agit d'une recette de belle-mère pour tuer le mal du pays, le nouveau foyer devenant celui auquel on est dorénavant attaché. Karsten la surprend pendant cette petite cérémonie, cérémonie qui a toutes les allures d'un fanafody (vous parlez pas malgache ? nan ?), disons alors d'un sortilège. La caméra opère un mouvement de folie - elle part de ces deux êtres, se perd dans le plafond, capte l'image de leurs ombres sur un mur avant de revenir sur eux - comme pour célébrer le pacte magique et secret (il est surtout question d'esprits dans leur discussion) qui désormais les unit. Karsten va avoir bien du mal à démêler le fil de ses propres sentiments et il faudra un sacré coup du destin (il s'accusera aveuglément d'un acte comme s'il refusait d'ouvrir les yeux sur son pitit coeur) pour qu'il retombe sur ses pieds. Bien beau film que cette Fille des Marais, une oeuvre qui peut se glorifier de montrer l'une des cérémonies de mariage les plus foireuses de toute l'histoire du cinéma. C'est forcément un bon point.   (Shang - 27/08/10)

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Tout autant sous le charme que Shang face à ce film vraiment charmant et magnifiquement mis en scène. Sirk, dès ses débuts, s'essaye au grand mélodrame, et c'est peu de dire que ça lui va bien au teint. Loin des futurs éclats colorés des grands films hollywoodiens, il reste ici dans l'austérité et la discrétion ; ce qui n'enlève rien à la beauté de la chose, tant dans l'esthétique (ce noir et blanc magnifique, ces mouvements de caméra à se damner, ces atmosphères campagnardes tout à fait craquantes) que dans le scénario : cette histoire de jeune servante ballottée par la vie et les classes sociales est gentiment touchante. Le fait que Sirk contrôle pleinement son mélo, sachant toujours exactement quand lâcher la bride et quand retenir la mule, ajoute à l'admiration qu'on est en droit de lui porter. Le film, malgré ses nombreux drames, est étonnamment lumineux, joyeux. La vie rurale décrite par le gars est un fantasme de bonheur sans façon, symbolisé par le mariage a priori sans nuage du couple central ; même le malheur et le doute débarquent sous la forme de cette petite servante bien innocente, rien ne semble vraiment grave là-dedans. Mais derrière les apparences pastorales et champêtres se trament des tourments bien lourds ; derrière ces personnages taiseux (excellent personnage du père qui ne dit pas un mot) se cachent des sentiments qui ne demandent qu'à éclater au grand jour. Jalousies, amours contrariées, cupidité et on-dit sont le lot de ces "braves" paysans qui ne seront pas loin de sacrifier la plus angélique d'entre eux sur l'autel de leurs rancœurs. Charmant en surface, sombre dans le fond : super.   (Gols - 07/04/22)

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