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Fritz Lang embarque Tyrone Power et Micheline Presle aux Phillipines pour nous conter sa libération : une poignée de Ricains qui "guérillent" à mort et qui entraînent de farouches autochtones bien décidés à se débarrasser de ces saloupiots de Japs - ils savent ce qu'ils perdent mais ils ne savent pas ce qu'ils gagnent, mais ne nous faisons point trop caustique. D'autant que Fritz Lang, lui-même, se fait un devoir de nous montrer qu'il y a aussi de mauvais Américains - des profiteurs qui rançonnent les Philippins avec de beaux discours -, de mauvais Philippins - enfin juste un, un sale traître qui aurait mieux fait de déguster son poulet jusqu'au bout au lieu de fuir - et de bons Japs, ah ben non, ou alors uniquement quand ils sont morts comme on dit outre-Atlantique. On embarque donc pour un récit d'aventures tout en couleurs vives avec notre gars Tyrone qui se tape des miles à la nage et des kilomètres dans la jungle (hostiles, ces putains d'îles tropicales) pour tenter de survivre et relier les poches résistantes. Comme dans le précédent Western Union (si je peux me permettre de tendre un fil, humour), il est beaucoup question de réseau de communication à mettre en place, et notre Tyrone de suer sang et eau pour rendre sa base opérationnelle et faire triompher la bonne parole, etc...

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Il en chie sans jamais se plaindre, avec tout de même une petite consolation à la clé : la présence de Micheline Presle, une Française (mariée avec un planteur local) qui lui fait les yeux doux. On sent bien qu'une romance serait forcément envisageable, si elle était toute seule, et on pense que cela est définitivement cuit quand le mari de la Micheline préfère mourir plutôt que de livrer la planque de Tyrone : après un tel sens du sacrifice, difficile de tromper sa mémoire. Nan, en fait, on l'oublie vite, ce planteur - quelle idée aussi d'avoir des costumes crème dans la jongle - et Tyrone et Micheline auront l'occasion de roucouler quelques instants dans les bras l'un de l'autre avant même que cette guerre ne s'achève - retour grandiose,  en sauveur, de MacArthur (qui a sa propre marque de clopes comme Alain Delon). C'est un poil complaisant de voir cette mini-troupe ricaine former la moitié de la population philippine à l'art de la Résistance - de la fabrication de faux billets à celle d'essence (qui peut, le cas échéant, devenir une excellente gnôle, bel aspect pratique), du maniement des armes au coupage de bambou (plante originaire d'Amérique, comme on sait, et qui pousse notamment très bien dans le Texas) mais ne soyons pas, c'est une manie, mauvaise langue. Le bien triomphe à la fin, tout le monde peut enfin se congratuler, mais il est clair que ce n'est pas vraiment l'oeuvre de Fritz Lang qui a fait de lui un cinéaste inoubliable... Un petit parfum d'exotisme et une leçon d'espoir (Le Jap, tu dessouderas, my son, avec l'aide du Ciel - l'utlime séquence dans cette Eglise protectrice et l'arrivée miraculeuse de l'escadron aérien), on s'en contentera malgré tout.   

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