lapremierenuit

Pour ne pas rester en froid avec l'ami Georges après la vision de Thomas l'Imposteur, j'ai enquillé avec son dernier court-métrage réalisé juste avant son premier long (tout cela est logique) La Tête contre les Murs. Il s'agit des errances dans le métro parisien d'un jeune bambin qui s'est mis en quête d'une chtite tête blonde féminine. Le court est sans dialogue, laissant toute la place aux sons stridents des lieux ou à l'inquiétante et douce musique de Delerue. Notre garçonnet est d'abord totalement perdu dans la foule avant de se retrouver totalement esseulé dans cette immense structure souterraine que Franju filme comme un décor de Metropolis - toujours à la recherche du bon angle pour faire ressortir au mieux les étonnantes figures géométriques de cet endroit où structures métalliques, escaliers et tunnels en pierre s'entrecroisent. Entre effroi (les rats qui grouillent) et éblouissement (les feux d'artifice des soudeurs réparant de nuit les lignes), notre bambin s'avance dans cet univers inconnu où il ne croise que rarement les occupants - belle séquence notamment que celle de ce long tunnel dans lequel la caméra s'avance doucement : alors que l'atmosphère est comme suspendue, on assiste à l'arrivée soudaine, en sens opposé, d'un homme en vélo : une vision des plus inattendues en ce lieu désert. Il semble que le gamin, au bout de ses pérégrinations, finisse par s'endormir ; Franju nous livre alors un très beau passage qui flirte avec le fantastique : le bambin aperçoit dans des métros, sans autres passagers, la figure de la chtite blonde qui passe et repasse ; il monte finalement dans un wagon et ne va pas tarder à se retrouver face à face avec la chtite : elle le regarde en effet derrière la vitre d'un autre métro qui suit une ligne parallèle - si loin, si proche... tout le mystère, la magie et la difficulté infinie de cette quête amoureuse précoce sont ainsi joliment résumés. Notre enfant se réveillera sur les marches d'un escalator qui a repris sa course et parviendra à sortir du métro, gardant en tête de troublantes images de cette nuit si particulière - entre rêve et réalité. De la réalité brutale du monde du métro, on passe à un récit onirique, quasi-fantastique, et c'est dans le passage tout en douceur entre ces deux mondes que Franju excelle. Bref, nous voilà réconciliés.   

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