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Encore une oeuvre bien barrée du sieur Koji. De la révolte, du sang, du coït à tout bout de champ et une fatalité qui finit malgré tout par fracasser l'esprit libertaire des deux personnages principaux qui ont pourtant tenté d'y croire. Le film commence sous les meilleurs auspices avec le meurtre d'un policier (ah, on me dit dans l'oreillette de modifier légèrement cette intro); le film commence donc très gravement avec le meurtre d'un policier qui l'a néanmoins bien cherché : sous les yeux de sa femme, un flic tabasse tant et plus son jeune frère, un étudiant révolté qui n'a de cesse de le provoquer : "CRS : SS", en jap - ce dernier vient tout juste de s'échapper d'une manif,  le long travelling pour filmer sa fuite semblant sorti tout droit de Mauvais Sang, David Bowie en moins. Le flic s'acharne à péter la tronche de ce petit sauvageon fort en gueule et ne voit pas du tout venir la balle qui le transperce de part en part : sa femme vient tout juste de lui piquer son flingue et l'a abattu comme un vieux cheval de course - on jubile, pardon, on applaudit à deux mains, enfin, rah putain d'oreillette.

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S'en suit une longue dérive des deux jeunes gens : le meurtre du flic est déguisé en suicide et nos deux héros ne tardent pas à tomber dans les bras l'un de l'autre ; Koji Wakamatsu filme de multiples scènes lors desquelles nos deux nippons font la bête à deux dos (on est plus dans la fièvre amoureuse que dans la pornographie bon marché), les images de leurs ébats se confondant parfois avec les paysages déserts qu'ils traversent : volonté de couper les amarres avec le passé, besoin d'échapper à cette chienne de société, recherche de pureté ? Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'ils ne vont pas tarder à déchanter : non seulement l'image du flic assassiné ne cesse de les poursuivre, de les hanter (un pêché initial dont ils ne peuvent apparemment s'absoudre), mais leurs aventures dans les grands espaces nippons de leur réserver quelques surprises bien désagréables : ici un satyre qui tente de violer notre héroïne, là un village qui les chasse alors qu'ils tentaient de venir en aide à une femme qui se faisait massacrer... L'émancipation féminine (on est en 69, ben nan, ça suffit po) ne semble pas encore vraiment à l'ordre du jour et le final de cette oeuvre sonne le glas de cette échappée belle : l'image du mari, le flic, réapparaît, et il soumet violemment la femme à ses quatre volontés - l'étudiant, lui, reste comme un gland... Wakamatsu soigne comme d'hab son esthétisme - quelques plans d'une beauté sidérante avec des paysages à couper le souffle (je serais un peu plus réservé sur la musique, une donzelle jap semblant improviser sur une partoche de Francis Lai qu'elle lit à l'envers) - et même si les scènes d'amour sont un tantinet répétitives pendant la première partie du film, une véritable énergie finit malgré tout par se dégager de cette oeuvre fulgurante. Du Wakamatsu pur jus.   

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