Nightfall (1957) de Jacques Tourneur
Surprenant petit polar qui vous englue dans votre fauteuil (faut dire qu'à 45 degré avec un sofa en skaï, c'est plutôt facile) dès les premières séquences. Aldo Ray (genre le type couillu avec la voix de Bohringer au réveil) et la délicieuse Anne Bancroft forment, qui plus est, un petit couple qui doit tout au hasard et qui fonctionne parfaitement ; on croise d'ailleurs les doigts dès le départ pour qu'ils arrivent à s'extraire de cet improbable imbroglio dans lequel ils se sont fourrés. Beaucoup aimé en particulier cette première rencontre dans le bar : Aldo Ray est le genre de gars qui traîne sa lourde carcasse en tentant de passer inaperçu - on sait déjà que le gars, relativement méfiant, est étroitement surveillé sans que l'on sache pourquoi ; il rentre dans un bar, se met en loucedé au comptoir et une superbe donzelle vient tout juste le rejoindre. Il a à peine le temps de lui jeter un coup d'oeil que la fille lui demande cinq dollars, cash : il se marre, elle essaie de le convaincre qu'elle a juste oublié ou perdu son porte-monnaie... Après, tout n'est jamais qu'une histoire de confiance - ou de méfiance - pour que ce hasard se transforme en idylle ou... en rien du tout. A la sortie du bar, un premier baiser déjà, rah non, deux types louches mettent le grappin sur Aldo Ray - exit la Bancroft qui ne demande pas son reste - et un premier flash-back vient nous expliquer dans quelle entourloupe l'Aldo se retrouve mêlé : alors qu'il campait tranquillou dans le Wyoming avec son pote, il a voulu venir en aide à deux types qui venaient de crasher leur bagnole ; pas de bol, les deux gars venaient juste de braquer une banque et notre Aldo de rapidement réaliser qu'il n'est pas toujours bon de jouer au Samaritain...
D'autres éléments viendront peu à peu éclaircir cet épisode du passé et le scénar de toujours surfer avec allégresse sur de croustillantes coïncidences. Aldo se débarrasse tant bien que mal des deux gros lourdauds, se paie une petite visite chez Anne Bancroft - il pensait qu'elle était de mèche avec les deux tueurs - et nos deux héros de se retrouver en cavale avec, en plus des deux gaziers à leurs basques, un petit assureur (celui de la banque dévalisée) qui tente d'y voir clair dans ce micmac. Un sympathique final dans les paysages enneigés du Wyoming viendra conclure ce film noir relativement pêchu (très belle image d'ailleurs) qui tient son homme, pourtant alangui par la chaleur shanghaienne infernale, en haleine. L'oeil - et la griffe - de Jacques Tourneur demeurent parfaitement aiguisés.
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