1389bscap0002Il est bien rare que des films américains apportent une telle justesse et une telle vérité dans les personnages, et à ce titre Mad Dog and Glory a tout du petit miracle. Complexe malgré sa grande modestie de forme, très attentif aux émotions et à la crédibilité psychologique, on serait presque tenté de l'attribuer à une sorte de Claude Sautet américain, s'il ne développait en plus un humour délicieux, un sens du spectacle finalement bien en place (ce que ne fait pas Sautet, et ce que je lui reproche entre autres).

Toutes références gardées, notons qu'il s'agit là d'un des rôles les plus subtils de De Niro, qui du coup est là dedans impeccable. Il joue le rôle d'un flic légèrement lâche, disons "normal", qui se trouve confronté à une situation difficile : un maffieux auquel il a rendu service sans le vouloir (Bill Murray, lui aussi génial dans son travail sur la frontière entre burlesque et effroi) lui offre pour une semaine une gonzesse (Thurman, éclatante de santé, très subtile). Dès lors, les sentiments vont se troubler : amitié, admiration, peur développées entre les hommes ; amour, fascination, besoin d'être un héros, développés envers la femme... Sans qu'on s'en aperçoive, le film se charge merveilleusement d'arcanes sentimentales de plus en plus complexes, et que les acteurs excellent à rendre par petites touches délicates.

03C003C001858096_photo_mad_dog_and_gloryMcNaughton n'est pas en reste, à la caméra et à l'écriture, pour rendre justice à cette petite dentelle : presque impressionniste dans sa façon d'avancer par petites touches de plus en plus colorées, sa mise en scène joue avec maîtrise entre les différents tons : scènes âpres (celle d'ouverture, en noir et blanc, sèche comme tout), comédie pure, drame psychologique, grands dilemmes moraux. Le tout sans jamais se départir de son petit ton modestissime, qui n'occulte jamais l'attention aux acteurs et aux personnages. Les dialogues sont ciselés à la perfection (une touche à la Capra particulièrement réussie), l'utilisation de la musique toujours surprenante (le jazz de Bernstein durant la scène de sexe est bluffant, totalement surprenant et audacieux, et transforme ce difficile passage obligé en moment quasi-expérimental à la Hitchcock/Hermann). Mais, encore une fois, c'est surtout De Niro qui marque là-dedans, son travail miraculeux dans les scènes avec Murray, où il est à la fois terrorisé, fasciné, amusé, et en plein combat intérieur entre ce qu'il voudrait être et ce qu'il est réellement. Le film finit par être un brillant essai sur ce qu'est la virilité, sur les moyens de s'en sortir en milieu violent, sur la nécessité d'être soi-même, aussi petit soit-on, et sur la force de l'amour. En toute simplicité. Très très beau film.