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Dernier volet des aventures de l'affreux Mabuse et ultime oeuvre du père Lang qui revient en ses terres teutonnes. Big Brother is watching you, Orwell l'avait prédit, Lang le démontre. C'est un festival de caméras-espions - en forme d'oeil, forcément - qui fleurissent ici et là à tel point parfois que l'on ne sait plus vraiment qui observe qui ; quel est le véritable grand manitou aux manettes ? Lang multiplie subtilement les fausses pistes pour mieux nous cueillir sur la fin. Si l'on est à l'heure de la surveillance continue, on célèbre également l'avènement d'un voyeurisme d'un genre nouveau. Même si cela ne se fait point par le biais d'une caméra mais par celui d'un miroir, la magnifique séquence où l'Américain (derrière un miroir sans tain donc), observe son flirt en train de s'habiller, est un pur délice : caméra ou miroir, même combat, l'homme peut dorénavant tout observer en restant invisible, caché. Notre Américain sortira malgré tout - il mettra du temps pour se dévoiler - de sa cachette ("Je suis passé à travers le miroir" - excellent, Lewis Carroll se marre) pour plonger "au coeur de l'action", tenter d'agir sur la réalité - jolie parabole en quelque sorte de notre mignonnette société moderne où chacun tend de plus en plus à se contenter de rester devant son écran, observateur de tout, discutaillant sur tout, en ayant de plus en plus de difficulté à prendre part à ce qui se passe "réellement" sous ses yeux. (Dans deux minutes je vais me lancer dans de grands principes philosophiques et vous pourrez alors définitivement rayer Shangols de votre mémoire).

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On suit d'un oeil amusé cette dernière aventure qui part un peu dans tous les sens et qui bénéficie d'une galerie de personnages plus ou moins troubles : Gert Fröbe en commissaire ricanant et à la coule tient parfaitement son rang dans la lignée de ses prédécesseurs à ce poste,  Karl Lagerfeld qui incarne le professeur Cornelius est d'un pédantisme absolument parfait, Werner Peters qui incarne le truculent Hieronymus B. Mistelzweig, agent d'assurance, en fait des tonnes mais finit par devenir assez amusant (ses prévisions astrologiques à deux balles), l'homme au pied bot - Lang et les créatures qui marchent de traviole... - est suffisamment inquiétant avec son grand couteau - mmmmh - pour apporter une petite touche de frisson, quant à Dawn Adams dans le rôle de Marion Menil, reconnaissons qu'elle est tout de même un peu quiche - un visage comme constamment ahuri, nan l'hypnose n'excuse pas tout mon vieux. Mabuse (ou disons son esprit...) possède encore et toujours une poignée d'hommes de main qui lui obéissent aveuglement, il est capable de monter des traquenards d'un compliqué, mon pauvre (il aime po la facilité, faut reconnaître), qui depuis longtemps font sa marque (alors je vais hypnotiser une fille pour qu'elle fasse une tentative de suicide pour que le gars qui la sauve tombe amoureux d'elle et pour qu'il tue son mari jaloux et s'échappe ensuite avec elle, la Marie, meurt, et voilà putain, elle hérite de l'arme nucléaire - po prés de péter, la bombe, à ce rythme) mais heureusement on connaît depuis longtemps la finesse du policier allemand qui n'est pas du genre à se faire leurrer - ou assassiner - si facilement... Quelques séquences qui sont autant de clins d'oeil aux épisodes passés (la séance de spiritisme, l'assassinat du type dans sa bagnole avec le tueur dans la voiture voisine, la classique poursuite finale sur les chapeaux de roue, l'immense porte blindée au "visage" inquiétant - les aspects les plus dangereux restent forcément dans l'ombre...) et un imbroglio qui se démêle finalement assez simplement. Pas un chef-d'oeuvre, sûrement, mais un film des plus plaisants à suivre. C'en est malheureusement fini de la filmo du Fritz : so lang...    

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