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Le cinéma de Claire Denis n'a jamais vraiment rimé avec tirlipimpon sur le chihuahua. Pour peu que vous soyez un poil dépressif et/ou alcoolique repenti, c'est un coup à replonger directos, des la sortie du film. Quatre personnages qui sourient quand il se brûlent, une joie de vivre qui rappelle un discours de Raymond Barre, on se regarde, on parle guère, c'est pas qu'on s'apprécie pas, nan, mais c'est tellement difficile de dire tous les petits sentiments qu'on a au fond de soi et de faire des choix en conséquence. Attention, je ne dis point que le travail de la cinéaste n'est pas ultra rigoureux, l'interprétation au taquet ni le film dénué d'émotion, c'est juste que le climat est tellement pesant et super grave - "dépression au dessus des transports parisiens" ferait un bon sous-titre - qu'on ronge parfois un peu son frein en espérant un poil de bonne humeur... 

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Alex Descas, conducteur de RER, éleve seul sa fille Joséphine, caissière chez Virgin après des études en anthropo (ceux qui achètent encore des CD devant constituer une tribu en voie de disparition). Dans le même immeuble - ambiance un tantinet étouffante quand on y pense - vivent Gabrielle, une taxi driver amoureuse d'Alex (mais ce dernier semble lui avoir fermé la porte) et Gregoire Colin (ça faisait un bail que je l'avais pas vu - physiquement, on se demande s'il va finir comme Jean-Hugues Anglade ou Jean-Pierre Léaud, les deux options restant ouvertes) amoureux, lui, de Joséphine, même si on sent que c'est po si simple... Deux histoires qui semblent vouées à l'impasse tant le pater et la fille semblent avoir du mal à pouvoir se séparer. Deux individus qui font corps (les mêmes attentions, les mêmes non-dit - belle parabole de l'autocuiseur) et qui comme dans un film ozuesque (la référence s'impose) cherchent avant tout à prendre soin l'un de l'autre sans vouloir évoquer un quelconque avenir en solo. C'est filmé avec une belle et étonnante sobriété (faut pas s'être tapé 35 shots de rhums la veille sinon on tient pas la distance), seule la sublime bande originale venant donner quelques bouffées d'oxygène bienvenues - très belle séquence dans un café parisien où les petits pas de danse trahissent les sentiments de chacun. Atmosphère sombre et cosy pour un film joliment distillé pour peu qu'on soit d'humeur zen. Pour les fans du Carlos des grands soirs, c'est clair qu'il vaut mieux se taper une fiole de rhum arrangé.         

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