boyz_n_the_hoodVoilà un film qui a pris un sacré coup de vieux derrière les oreilles, si tant est qu'il n'était pas déjà légèrement rance à sa sortie. On ne saurait reprocher à Singleton la noblesse de son projet de base : en 1991, il devait être un des premiers à tenter de décrire de façon réaliste la vie quotidienne des quartiers noirs des States, avec leur violence, leurs luttes de gangs, leurs petites tentatives de sortie et leurs traffics interlopes. Le gars nous sort donc la panoplie complète, depuis les terrains de baskets squattés par les gars crâneurs jusqu'aux soirées tendues comme des slips où les fusils sortent comme de rien, en passant par les foyers où chacun survit comme il peut. Mais cette chronique douce-amère paraît bien innocente aujourd'hui, après que des hordes de cinéastes soient revenus sur le sujet avec autrement plus de frontalité : ici, la violence est laissée hors-champ avec frilosité, ou esthétisée à outrance pour mieux faire passer la pilule (les gars qui meurent au ralenti sur une musique violoneuse), et on préfère s'attacher aux dialogues, aux personnages, aux multiples portraits hauts en couleurs. Bon. Du coup, Boyz'n the Hood est un petit film pour ados, gentiment romantique, qui colorie bien dans les traits. Il faudra encore attendre pour avoir un vrai film brut de décoffrage sur la banlieue, un qui ose montrer les choses.

Comme on s'ennuie un peu (le film ne démarre jamais vraiment), on regarde les acteurs, vraiment moyens, on écoute la musique, immonde, et on réfléchit à ce qu'on voit : or, le regard de Singleton est d'un moralisme Sans_titre_douteux, montrant son quartier comme un ramassis de bons à rien armés jusqu'aux dents qu'il oppose à son héros, gentil black bien sage et qui a fait des études. On nous indique bien au passage l'endroit de la Vérité Sacrée (traîner en bande : mal / aider papa à tondre la pelouse : bien / baiser avant le mariage : source de rigolade mais mal / avoir une bonne note à l'examen : bien), histoire de nous édifier et de nous éviter de choisir une voie malheureuse (entendez : non chrétienne). La subtilité n'est vraiment pas au rendez-vous, les clichés affluent, les scènes impossibles se succèdent, tout est attendu, et les bonnes intentions ne suffisent pas à sauver le film de la transparence. Singleton n'a rien fait depuis.