Sans_titreUn joli western relativement classique, qui ne bouleversera peut-être pas le genre mais reste très agréable. Curtiz, dans son éternel amour des plans larges et des bains de foule, nous réserve quelques séquences très enlevées, et fabrique une petite chose bien dynamique et glamour comme il faut. Il y a Errol Flynn pour les dames, Olivia de Haviland pour les hommes, et une kyrielle de seconds rôles impeccables : grosse satisfaction, notamment, du côté des méchants, tronche torve et rictus menaçant, qu'on jubile de voir corrigés par le bel Errol.

Au niveau du pur spectacle, on en a pour son argent, puisque Curtiz n'est pas avare en scènes de bravoure. Rien que cet emploi du technicolor marque déjà des points, dès le départ, avec une course-poursuite entre une diligence et un train filmée dans toute la grandeur des paysages désertiques de l'ouest. Les rivières sont plus bleues que bleu, les ciels itou, le sable est d'un jaune aveuglant, on est bien content. Le reste du métrage est dans la mêdc8me veine, tout entier tourné vers un seul et simple objectif : vous en foutre plein les mirettes. Il y a une scène de bagarre collective dans un saloon que n'auraient pas reniée les frères Marx, un grand moment de délire où chaque figurant a son mot à dire, sa mandale à asséner, sa fenêtre à traverser bottes en avant. Curtiz semble adorer ces moments qui sortent de l'action principale, que ce soit pour livrer une de ces scènes spectaculaires (satisfecit également pour une charge de 8000 boeufs impressionnante) ou une séquence de gag pur (Alan Hale est très bon en faire-valoir bouffon de Flynn, et il a une scène chez les bigottes anti-alcooliques du coin vraiment hilarante). Il est vrai qu'entre ces scènes, le film peine à être vraiment passionnant, avec ces dialogues dépassés, cette historiette d'amour cousue de fil blanc et ces situations pas très crédibles.

Mais Dodge City finit par ressortir assez clairement du lot des westerns habituels grâce à ce héros étrange, Flynn donc, à 10000 lieues de la virilité d'un John Wayne, qui apporte une touche de raffinement étonnante à son justicier : il est presque efféminé, en tout cas d'une jolie dc5fragilité et d'un joli romantisme (malgré sa vision des femmes, atterrante, mais dont on se demande si elle n'est pas à prendre au second degré tant Flynn est fin dans l'ambiguité de ses petits sourires charmeurs). Il incarne une sorte de culture démocratique au sein de la sauvagerie de l'ouest en train de se construire : son arrivée coïncide avec celle du train dans la ville, incursion du progrès au sein des territoires vierges ; et tout son travail va être d'imposer l'intelligence (il cite Shakespeare, et va même jusqu'à réclamer un procès équitale pour le félon du film, alors que ses compatriotes veulent le pendre sur le champ) à cette horde de crasseux. Il y a même son pote qui menace de démissionner du poste d'adjoint au shériff parce que la ville est devenue "chochotte", terme qu'on entend assez peu dans les westerns de cette époque. Bref, un beau spectacle, des acteurs attachants, et un discours démocrate agréable, c'est bien.