Voilà ce qui arrive quand on ne connaît rien au cinéma mais qu'on veut en faire quand même. Nimrod Antal (j'ai cherché l'anagramme, mais j'ai pas trouvé) rate à peu près toutes les scènes de son film d'action, alors qu'il essaye désespérément de copier sur ses glorieux aînés : Carpenter, Tarantino, Lumet et autres Friedkin doivent se marrer doucement en constatant comment ce qui ce veut un copié-collé de leur style peut tomber à plat dès lors qu'on ne sait pas diriger un film.

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Armored raconte un casse foireux, celui qu'un groupe de transporteurs de fonds entreprend pour détourner les 42 millions de sa cargaison. Après une demi-heure qui ne sert à rien, où on découvre l'un d'eux aux prises avec le manque de fric, histoire de charger un peu la mule niveau psychologie des personnages, on se dit que ça va enfin démarrer avec le casse proprement dit. On entrevoit même les possibilités cinématographiques de la chose : fabriquer une sorte de huis-clos à l'intérieur d'un fourgon blindé, un Reservoir Dogs dans un espace encore plus confiné, et on ferme les yeux sur le vide du premier tiers en se laissant aller par anticipation au plaisir. Mais bernique : après avoir gâché de la pellicule, Antal précipite les choses. Personnages réduits à un ou deux traits de caractère au mieux, psychologie incompréhensible (le petit gars qui accepte de faire partie de la machination puis se rétracet en 2 secondes), suspense inexistant, scènes d'action réduites à la portion congrue, illisibles qui plus est : on est sidéré par le manque de maîtrise de réalisateur à tous les postes. Certes, il n'a pas les acteurs du siècle : Matt Dillon, Jean Reno, Laurence Fishburne, on ne peut pas s'attendre non plus à de la dentelle fine. N'empêche : Antal grille systématiquement toutes les possibilités de son scénario, n'entrevoit strictement aucune des possibilités que son histoire aurait pu amener, et nous sert un bidule sans rythme, sans personnages, sans suspense, où on finit par s'attacher beaucoup plus aux méchants qu'au gentil : on rêve de les voir réussir leur casse, cramer la tête de ce convoyeur à la morale si droite et partir dans les îles. Armored n'est même pas un navet ; c'est juste un film qui n'existe pas.

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