02607354_photo_gainsbourg_vie_heroique

Le film de Sfar possède un charme certain, même si je dois reconnaître que je n'y ai point totalement succombé. Dès ce générique au graphisme classieux, on se laisse emporter par cette vision très personnelle du mythe, et le fait de nous annoncer cette histoire comme un "conte" nous rassure quant au fait d'assister à une biopic mollasse du "Tseurge". Les premières apparitions de cette marionnette en carton surprennent quelque peu (mais toute surprise est forcément une bonne nouvelle), et rapidement on se familiarise avec ce parti pris gainsbarrien qui vient épauler la trajectoire gainsbourienne de notre homme. Sfar commence par nous conter l'enfance du bonhomme, et comme l'on n'est pas vraiment familiarisé avec les débuts de l'artiste, on se laisse sans doute plus facilement aller - fiction ou réalité, finalement qu'importe tant qu'il y a "l'esprit" - par cette période de "formation". Anna Mouglalis en Juliette Greco est belle à fondre et on se dit que l'ami Serge a bien de la chance de faire ses premiers pas si bien entouré : Gainsbourg abandonne les modèles de ses peintures pour des muses musicales et l'un dans l'autre, il ne perd guère au change - fémininement parlant, artistiquement c'est un éternel débat dans la vie de l'artiste...

photos_culture_cinema_serge_gainsbourg_vie_heroique_en_images_Une_liaison_dangereuse_galleryphoto_paysage_std

Malheureusement, à l'image d'un Elmosnino (troublante ressemblance, c'est le moins qu'on puisse dire) qui tend à maniérer quelque peu son jeu (ici des gestes, là un timbre de voix), Sfar semble tendre inexorablement vers une volonté de mimétisme qui brouille un peu les pistes (la dérive du conte donc...), faisant qui plus est certains choix qui ne sont malheureusement pas toujours très heureux. Si l'apparition tonitruante de Casta en Bardot est un grand moment, le jeu de Forrestier (grosse déception pour le coup) cherchant à ridiculiser France Gall (était-ce bien nécessaire d'en faire autant (le roulement d'épaule façon camionneur pour singer la pauvre innocente dansant, mouais...)) est assez pathétique, tout comme le désir de mettre en scène une Jane Birkin (Lucy Gordon) plus quichouille que jamais : qu'elle fasse passer Tarzan pour un linguiste, c'est une chose, de là à la faire se mouvoir comme un chimpanzé (en micro-jupe) dans une pub pour l'Oréal (elle a peut-être pas inventé l'air liquide mais tout de même), c'est un peu too much... Plus on enquille les vignettes et plus l'on sent Sfar taraudé par le souci d'être au plus proche des faits (la longue "décadence" de Gainsbourg qui a fini par se prendre pour Gainsbarre). C'est un peu dommage, d'autant qu'au final le portrait tracé est plus celui d'un homme à femmes (qu'il tombe en un claquement de doigt) - une longue galerie de portraits un peu fastidieuse - que celui d'un immense artiste (et d'un) provocateur (et de deux): ce dernier aspect notamment est traité sur le fil de façon un peu grossière et facile : on connaît les excès du gazier, certes, mais on perd totalement de vu l'état d'esprit du bonhomme comme si Sfar avait fini par se faire lui même manger uniquement par les faits bruts. Le conte s'estompe et vire à la biopic forcément simpliste. On en ressort du coup avec une petite pointe de déception non sans avoir été charmé au passage par quelques belles envolées (forcément) lyriques... D'ingénieux partis pris gâchés par quelques facilités... Mais l'exercice est ardu - soyons positif, nom de Dieu - et le film de Sfar passe tout de même relativement la (gains)barre.   (Shang - 13/06/10)

photos_culture_cinema_serge_gainsbourg_vie_heroique_en_images_Un_naturel_deconcertant_galleryphoto_paysage_std


Rien à ajouter à la chronique de Shang, avec laquelle je suis en total accord. J'aurais peut-être été plus sévère avec ce film sans forme, sans idée (une fois que le gars a eu l'idée de la marionnette, c'est plié, il se rendort), sans acteurs et sans sève, qui se contente d'aligner béatement les faits connus de tous sur Gainsbourg en passant, encore une fois, complètement à côté de l'essentiel : la musique. C'est la grande absente de ce film : comment Gainsbourg créait ? Qu'est-ce qui faisait sa spécificité ? Pourquoi ajouter un violon à BB Initials ou une percu à La ballade de Melody Nelson a-t-il révolutionné la chanson française ? Ca veut dire quoi, être un artiste, être devant une feuille blanche, et créer ? Autant de questions que Sfar évite au profit d'une galerie de bimbos et d'une succession de grimaces de la part d'un Elmosnino décidément crispant. On découvre avec stupeur un Gainsbourg qu'on ignorait ; figurez-vous que le gars buvait, fumait, baisait avec des stars et qu'il aurait même, mais l'information reste à confirmer, écrit une version reggae de La Marseillaise. Non ? Si. Devant la faiblesse de son matériau, Sfar tente de charger la mule côté enfance du Serge : en gros, ses provocations, sa mélancolie, sa violence, viendraient du fait que Gainsbourg était juif et a subi des humiliations dans sa jeunesse. Mmmm. Ca ne mène pas loin, et les dernières minutes du film ont beau tenter une relation entre les difficultés politiques de Gainsbourg après sa version de La Marseillaise et le petit gars brimé, on est un peu perplexe devant cette variation floue sur l'identité française et sur la valeur de cette "vie héroïque". Le film a reçu récemment le "Gérard du film pas nul, mais pas bien. Pas nul, hein. Mais pas bien. Mais pas nul pour autant. Mais pas bien non plus. Mais pas nul. Ceci dit, pas bien. Voyez ?", et franchement, on ne saurait mieux dire.   (Gols - 23/06/10)

vlcsnap_2010_06_23_20h13m08s219