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Captivant et troublant voyage initiatique en terre australienne désertée. On sait dès les tout premiers plans qu'on a pas affaire à un rigolo aux manettes, et que chaque cadre soigneusement choisi par le gars Roeg vaudra son coup d'oeil. On passe du monde urbain - vision sans affect, presque froide de ce petit monde en marche - aux immenses territoires naturels australiens en un tour de main, et la petite balade familiale que Roeg nous proposait de suivre va rapidement se transformer en cauchemar : un pater, sa jeune fille et son blondinet de fils ; pas un nuage sur la terre comme au ciel, si ce n'est que la réserve d'essence baisse dangereusement. On note également un étrange regard appuyé du père sur les gambettes de la jeune fille. Le gamin s'amuse, lui, avec son flingue en plastique quand soudainement le père lui tire dessus à balle réelle (on se disait bien que ce type avait l'air louche) ; nos deux enfants s'échappent alors que le père met le feu à sa voiture et se crame la cervelle (véritable plan lynchien assez impressionnant).

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Il va falloir maintenant survivre. La jeune fille et le gamin, avec leur parfaite petite tenue d'écolier, font un peu tache dans ce décor sauvage tout orange, mais l'on se dit qu'ils vont bien finir par se débrouiller pour retrouver leur chemin. On croise les doigts, c'est tout. Le paysage est tout de même diablement aride et la plupart des insectes et autres animaux qu'ils croisent (lézards en tout genre, serpent, scorpions...) ne font point partie des espèces les plus connues pour leur humour... La randonnée commence à se transformer en chemin de croix lorsque, gloire à Dieu, ils croisent un jeune Aborigène en plein "walkabout" - on nous a fait un petit topo sur le sujet en intro : il s'agit d'une phase d'initiation qui peut durer plusieurs mois pendant laquelle les jeunes Abos doivent apprendre à survivre par leurs propres moyens. A voir comment le gars plante une lance dans un kangourou ou un gros lézard, balance une sorte de boomerang dans la tronche d'oiseaux en plein vol ou lutte à main nue avec un truc à cornes (j'ai séché les cours de biolo plus jeune, je regrette parfois), on se dit qu'ils sont tombés sur une bonne gâche. L'Abo les prend sous son aile, la seule grosse difficulté restant le langage : si le gamin et le natif parviennent rapidement à un semblant de communication, l'Abo ou la jeune fille se contentent de longs regards sur le corps de l'autre (et pas seulement les épaules, suivez mon regard)... On sent une curieuse tension - sensuelle - naître peu à peu entre eux, sans que l'on sache si ces deux individus parviendront vraiment à se rapprocher l'un de l'autre, à se "comprendre"...

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On est au début des années 70 et même si Roeg ne peut s'empêcher de montrer certains ravages de notre prétendue civilisation (cette mine désaffectée : une immense décharge en plein air ; le gardien de cette mine avec son sens de la "propriété" ; ces chasseurs blancs qui font un massacre pour le plaisir quand, pour l'Abo, la chasse est une simple question de survie...), il n'y a pas non plus "d'exaltation" effrénée dans ce retour à la nature. La jeune fille garde certes de son périple une véritable image idyllique (vues la tronche de son gazier et sa petite vie dorénavant de ménagère, il est facile de lire une ombre de regret dans son regard vert), mais l'aventure en elle-même fut loin d'être une balade de santé : la nature est hostile - vi - et sans cet ange-gardien sorti de nulle part, nos deux ptits blancs totalement inadaptés auraient forcément péri. De même, la jeune fille est dans l'incapacité de décoder - ou de se laisser entraîner - dans la danse aborigène de son protecteur, et son retour "sur la route" montre à quel point sa petite vie est déjà toute tracée. Une initiation à la rugosité de la nature et à la sensualité qui laisse dans la bouche un petit goût de sable ; un étonnant récit - visuellement somptueux - que celui proposé par un Roeg en grande forme. 

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