41SjVWbyBzL__SS500_Voilà une publication qui sent franchement le fond de tiroir. Puisqu'il s'agit du tiroir de Thomas Bernhard, c'est quand même une bonne nouvelle, mais il n'empêche que c'est vraiment sur quelques phrases que l'on retrouve des traces du génie de l'auteur, et que Mes Prix littéraires a tout du texte inachevé ou bâclé. Il s'agit d'une suite de petits textes concernant les prix reçus au cours de sa carrière par Bernhard ; à chaque fois, le compère tient bien à préciser ô combien ce prix l'indiffère, ô combien il l'aurait refusé si une récompense financière ne s'y trouvait attachée, et ô combien le petit monde littéraire le révulse. Bien entendu, la mauvaise foi et la méchanceté sont de mise dans ces petits traités du mépris ordinaire, sentiments sans lesquels Bernhard ne serait pas Bernhard. On sourit parfois devant la détestation affichée par l'auteur, excessive comme c'est pas permis, qui ne se gène jamais pour être nominative (le ministre de la Culture de l'époque en prend pour son grade) ; on s'énerve aussi franchement devant ses poses petites-bourgeoises et précieuses, qui font pourtant aussi partie du charme de cet érudit méprisant.

Mais on cherche sans succès ce qui fait la grandeur habituelle de Bernhard, à savoir le style. Si, ça et là, il y a encore des tentatives de retrouver ces rythmes étranges si marquants chez lui (cette façon de revenir inlassablement sur la même phrase, 5 fois, 10 fois, pour bien en préciser l'importance), l'essentiel de ces textes est bien pauvre en écriture, tombant très souvent dans le banal complet. Que l'auteur ne raconte rien, ce n'est pas grave ; qu'il le raconte mal est plus génant. Il y a beaucoup plus de génie dans les grands textes "sans trame" de Bernhard (La Cave, Les Mange-pas-cher ou Des Arbres à abattre) que dans ces mini-anecdotes sans souffle, visiblement écrites sur un coin de nappe par un écrivain en fin de carrière. C'est bien dommage : on aimerait une diatribe à la Dorothy Parker, on n'a que quelques saillies finalement bien innocentes de la part de l'auteur le plus jubilatoirement haineux du XXème. Relisons plutôt les 50 autres livres du sieur, tous géniaux, plutôt que de lui faire ainsi les poches.