Dès ses premiers films, Gilliam avait déjà trouvé cette sorte de style foisonnant et très chargé qui a fait sa marque jusqu'à aujourd'hui. Ca peut paraître renversant d'imagination, ça peut gaver : dans le cas de Time Bandits, ça gave. En se désolidarisant très clairement du ton "Monty Pythons", le bon Terry impose son style, mais tire dans tous les sens et laisse trop souvent l'humour au vestiaire.

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Plein de bonnes choses pourtant là-dedans. L'ambition d'abord, énorme vu l'évident manque de moyens. Time Bandits est un film pour enfants qui s'attaque au merveillaux, aux grands mythes historiques, à travers une épopée dans le temps qui nous fait rencontrer tous les héros de notre enfance : Napoléon, Robin des Bois, Agamemnon. A chaque "sketch" (car le film échoue complètement à donner du lien entre toutes ces parties), le ton change, passant de l'absurde (la meilleure partie, celle de Robin des Bois avec un John Cleese hilarant en homme politique ambigü) à l'héroïc fantasy (le combat final contre le Mal), de la reconstitution assez précise à la rêverie pure. C'est parfois réussi, grâce à l'imagination sans limite de Gilliam, qui sait toujours imaginer le détail le plus improbable pour relancer son action. Quand le gars s'applique, rien à dire, il y a un très beau travail de décors, de direction d'acteurs, de dialogues. Même si le scénario est un peu poussif et souffra d'une naïveté qui confine à la mièvrerie, on sait gré à Gilliam de nous réserver encore quelques sorties délirantes qui rappelent ses débuts, et force est de constater qu'il ne manque pas de culot dans le projet. Pas de fric ? rien à foutre, je fais quand même.

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Mais le film est très souvent inregardable techniquement : montage, mise en scène, découpage, rythme, tout ça semble bien être le cadet des soucis du réalisateur, qui saccage nombre de séquences par manque de tenue. Pour exemple, la scène de l'ogre en perte d'identité (il a mal au dos, ce qui l'empêche de paraître aussi terrible qu'il le voudrait) est un tunnel terrible, mal fagotté alors que les Monty Pythons en auraient fait un grand moment de n'importe quoi. De même, les inspirations baroques tombent très souvent à plat : on sent que Gilliam voudrait réaliser une sorte de mix entre la science-fiction contemporaine et l'imagerie moyen-âgeuse (les tableaux de Bosch ou de Brueghel, les films historiques de Pasolini ou de Fellini), mais ça s'arrête très vite, avec un vague cochon humain sans sève ou un Minotaure en carton-pâte. Time Bandits sent le film d'ado, trop mégalo et pas assez maîtrisé, et n'existe aujourd'hui que comme document intéressant pour regarder les autres films de Gilliam. 

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