Bien barré, le Brian, dans les années 70. Hi, Mom ! ressemble à tout et à rien en même temps : happening politique, comédie grivoise, film coup de poing et provocateur, satire sociale, réflexion sur le rôle du réalisateur, il est tout ça à la fois, et en même temps ne souffre aucune comparaison et s'éloigne de toute référence. On assiste avec ce film à un grand moment expérimental comme on n'en fait plus, avec ce que ça comporte de maladresses et de lourdeurs, mais aussi de venin et de frissons dans l'échine.

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Ca commence comme une bonne vieille gaudriole : De Niro joue un jeune cinéaste qui tente de gagner sa vie avec un nouveau concept : filmer à leur insu ses voisins d'en face, avec une préférence pour les jeunes filles dénudées, allant même jusqu'à provoquer ledit dénudement si nécessaire. C'est très drôle, même si pas vraiment fin, notamment grâce à De Niro, qui s'amuse comme un fou, et à cette mise en scène mathématique et volontairement très didactique de De Palma. Dans un style foutraque très 70's, on nous montre la petite vie de ces petites gens des petits immeubles new-yorkais, avec en plus ce léger discours sur le voyeurisme qui affleure déjà (le grand thème de De Palma jusqu'à aujourd'hui). On apprécie cette tendance à vouloir filmer la vie "telle qu'elle est" tout en ne pouvant s'empêcher d'y mettre son grain de sel, cette façon de mettre en scène la réalité qui fera la sève de grands films à venir (Redacted, Snake Eyes).

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Et puis, subitement, le film change complètement de style. Après l'échec de ses tentatives de cinéma voyeuriste, De Niro se retrouve à faire le figurant dans une troupe de théâtre ; le sujet de la pièce : mettre des Blancs dans le peau de Noirs, en les humiliant, en les violentant, en les malmenant, en allant presque jusqu'au viol et au meurtre. On tombe là dans le film politique grand cru, un happening crasseux filmé à l'épaule, en noir et blanc, et qui pour le coup nous fait toucher du doigt ce qu'est le vrai voyeurisme. Malgré l'humour de la séquence (le petit numéro pré-Taxi Driver de De Niro, l'ébahissement de ces pauvres spectateurs-otages, l'excès démesuré du spectacle), la violence éclate là-dedans, et on est très mal à l'aise d'être passé ainsi de la farce coquine à cet exercice de guerilla cinématographique. La transition est à la hâche, et on a un peu l'impression que De Palma avait deux films qu'il a voulus réunir en un seul. Mais baste : l'essentiel, c'est que c'est bluffant d'audace. On est sans cesse ballotté entre réalité et fiction, entre immersion dans la violence et mise à distance, et le choc est rude. Le sens de tout ça échappe un peu, faut dire, surtout quand De Palma ajoute à ces deux parties une troisième qui développe encore une autre thématique : le dynamitage concret des conventions bourgeoises, et une scène finale qui laisse pantois.

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Hi, Mom ! est un film d'une impolitesse rare, qui nous perd parfois en chemin, qui contient plein de choses inutiles (la jeune femme qui filme son quotidien, pourquoi, surtout qu'elle disparaît très vite ?), mais qui réjouit le coeur comme de nombreux objets de ce type à l'époque : ça tire à boulets rouges sur tout et chacun, à commencer par soi-même, ça se fout d'une quelconque logique esthétique ou narrative, mais ça vous scie d'originalité et d'insolence. Voilà tout simplement un film comme on ne pourrait absolument plus en faire aujourd'hui, qui annonce dans le chaos les thématiques futures de De Palma, et qui est en plus poilant. What else ?