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Un scénar du gars Bernard Shaw qui a un peu tendance à transformer ce genre de production en théâtre filmé, sans vouloir être trop méchant. On sent que les acteurs sont au taquet (Wendy Hiller, Rex Harrison, Robert Morley et son regard de chouette effraie ou la chtite Deborrah Kerr dans son premier rôle au cinéma) pour faire claironner les mots du Bernard sur un rythme pétaradant, mais faut reconnaître qu'en dehors du fait qu'on assiste à une belle leçon in english (ce n'est pas totalement peine perdue), ce n'est pas non plus le genre de cinéma que je trouve le plus exaltant... Pourtant le scénario est assez original et intriguant en soi : on s'attache aux pas de la pimpante Major Barbara, fille de milliardaire (aux abonnés absents) qui se donne corps et âme à l'Armée du Salut; elle semble faire l'unanimité, la jeune femme étant toujours dévouée pour sauver une bonne âme. Seulement le retour, vingt ans après, de son papa, va quelque peu changer la donne. Celui-ci fabrique des canons et tout comme un autre grand chef d'entreprise - un fabricant d'alcool -, il n'hésite point à verser une grosse somme d'argent pour cette armée... du salut. Les responsables accueillent cette somme comme un don du ciel, mais pour la Major Barbara cela constitue une sorte de trahison contre tous ses principes... Elle démissionne de son taff, déprime, mais finit tout de même par se rendre, à l'invitation de son père, dans son usine. Ce dernier lui présente sa véritable petite cité Michelin où tout le monde semble heureux, brisant les idées reçues de sa fille sur son investissement auprès des autres : le pater lui fait bien comprendre que la religion ne nourrit pas son homme et que seuls les entreprises et le travail peuvent sortir véritablement les ouvriers de leur misère... Crotte de bique, alors.

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On est tout de même un peu surpris de ce retournement de situation, et si Bernard Shaw ne tombe pas, bienheureusement, dans un discours béni-oui-oui qu'on pouvait craindre au départ, sa véritable "morale économique" laisse tout de même un peu sur les fesses, d'autant que sa cité du bonheur semble plus tirée d'un conte pour enfants que de la réalité. Il ne se gène pas pour fustiger au passage le rôle des politiques ou des intellos improductifs (ah...), semblant parfaitement convaincu de sa petite théorie "progressive". On est forcément un peu dubitatif, sur le fond, et, sur la forme, après avoir été noyé pendant deux heures par ces longues tirades - solidement interprétées, rappelons-le tout de même - un peu étourdi. C'est résolument du cinoche à l'anglaise et à l'ancienne - le poids écrasant de ces dialogues ! - et ce coffret Bernard Shaw édité par Criterion sera à consommer à doses homéopathiques... Qui trop écrit, souvent, mal étreint - c'est bien connu.