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La Rencontre fait partie de ces films autobiographiques filmés en caméra DV par Cavalier, comme il nous a habitués à en faire depuis quelques années. Cette fois, il utilise sa technique minimaliste (filmer son quotidien par la "macro", des gros plans sur les objets, les animaux, les choses qui l'entourent) pour raconter sa rencontre amoureuse. En plus de sa voix, on aura droit cette fois-ci à celle de son amoureuse, qui investit d'ailleurs de façon importante le film, puisqu'elle "dirige" elle-même certains plans. En filmant son propre univers (la maison de ses parents, ses chambres d'hôtel, les lieux qu'il fréquentait seul), et en le mêlant habilement à l'univers de sa chérie, Cavalier réalise une petite chose touchante, comme si sa solitude, qui transparaît dans ses autres films, était soudain remise en cause par cette apparition nouvelle, qui chamboule non seulement son moral mais ses films eux-mêmes.

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Il y a là de purs moments de grâce, quand il capte des bribes du corps de cette femme, quand il la laisse parler et raconter les petits riens de sa vie : un vase brisé, une montre, un oiseau mort, une aspirine qui se dissoud, prennent alors une force particulière : c'est comme si l'amour métamorphosait subitement chaque objet, même le plus anodin. En faisant rentrer dans le champ de sa caméra un univers qui n'est pas le sien, Cavalier fait preuve d'une très grande sensibilité, et La Rencontre est en fait un film sur le partage, sur l'osmose entre deux êtres, qui passe par le biais du cinéma pour s'exprimer. La rigueur des cadres, toujours à l'ordre du jour, n'est plus du tout synonyme d'enfermement : le film respire la joie, le bonheur, l'apaisement, même dans les moments douloureux (l'évocation de la mort de la mère, les angoisses subites, les doutes).

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D'où vient alors ce sentiment dérangeant, qui fait que j'ai moins adhéré à cette expérience qu'à celle, quasi-semblable, du Filmeur par exemple ? Sûrement au fait que l'intimité, justement, ne se partage pas, et qu'on a souvent l'impression de pénétrer un univers qui ne nous concerne pas, et d'où le cinéaste fait tout pour nous expulser. Ce petit couple est charmant, fusionnel, mignon comme tout, mais justement : on cherche un peu sa place par rapport à lui, se demandant bien ce que ça peut nous dire, à nous. Ces deuxtourtereaux-là apparaissent même parfois comme niaiseux ; comme tous les couples amoureux, me direz-vous non sans cynisme : certes. Mais du coup, on a envie de refermer la porte et de les laisser s'aimer, aussi puérilement qu'ils le veulent, sans qu'on nous donne forcément à voir cette histoire intime. Ce film, aussi beau soit-il, aurait sûrement dû rester dans les boîtes en carton de Cavalier, comme un chose à ne partager qu'avec cette femme. Balancé comme ça, on a presque l'impression d'une intrusion (doutes que la femme éprouve d'ailleurs à la toute fin du film). Quelques réserves sur la légitimité de la chose, voilà.