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Un tueur en série, une presse en ébullition, une course pour le pouvoir et des femmes qui mènent au final les hommes par le bout du nez. Il n'en faut pas plus pour que Fritz Lang réalise un film haletant, sans qu'il ait trop à forcer son talent au niveau de la mise en scène, mais pouvant compter sur un excellent casting : honneur aux dames avec la présence de Rhonda Fleming en sublime blonde infidèle, Sally Forrest, en pétillante brune aux cheveux courts et enfin Ida Lupino en tentatrice manipulatrice. Autour de ces divines créatures, Vincent Price, en jeune héritier d'un magnat de la presse, fils à papa et petit branleur qui organise une petite compète au sein de son entreprise pour désigner le futur grand responsable : le premier capable de mettre la main sur un tueur en série aura cet honneur : trois hommes sont en course, George Sanders, le responsable du service télégraphique, Thomas Mitchell, le rédacteur en chef du journal du groupe, et enfin James Craig, photographe qui a un petit avantage sur ses adversaires : primo, c'est l'ami du boss, secundo c'est l'amant de la femme du boss, la chafouine Rhonda. Un quatrième homme, Dana Andrews, hors concours, est responsable d'une émission de télé et possède des connexions avec la police; il ne cache point ses affinités avec le rédacteur en chef en journal; sur le point de se marier avec la chtite Sally, il ne faudrait tout de même point que la charmante Ida lui tourne la tête; totalement absorbé par son job mais craquant facilement pour ces dames, c'est véritablement lui qui mène la danse de cette histoire astucieusement construite.

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Fritz Lang ne cesse de naviguer entre le thriller, les romances et les multiples intrigues et autres cachotteries au sein de ce journal pour accéder au pouvoir; et le moins qu'on puisse dire, c'est que ce cocktail fonctionne à la perfection. Le tueur qui bénéficie d'une scène d'ouverture "psychosienne" - toute proportion gardée - s'efface quelque peu en route pour laisser la place aux différentes personnes qui donnent vie à ce journal. Le jeune héritier voulait du sport, il en aura, tant les trois hommes semblent être prêts à tout pour parvenir à leur fin; certains comptent sur l'amitié (Mitchell), d'autres sur les femmes : James Craig joue un petit jeu dangereux en s'acoquinant avec la femme du boss - craquante et perfide Rhonda; George Sanders n'hésite point lui à lancer dans les pattes de Dana Andrews sa propre favorite, Ida, tous les coups - même les plus "bas" - semblant permis pour être le premier à dénicher le scoop. Ce petit jeu où George et James tentent de tirer avantage du pouvoir de séduction des créatures féminines ne paraît finalement guère plus sain que le comportement du tueur... - certes, ce dernier se révèle beaucoup plus "destructeur", mais il y a, derrière ces "manipulations", des desseins guère plus avouables que les propres motifs du tueur. Tous les coups sont permis pour avoir l'avantage, néanmoins les femmes sont loin d'êtres totalement dupes dans cette course effrénée entre mâles - elles aussi veulent tirer leur épingle du jeu, par tous les moyens...

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Devant cette course-poursuite à l'info qui se joue entre ces individus, hommes et femmes, on en oublierait presque parfois le tueur. Lang nous gratifiera tout de même d'une petite chasse à l'homme dont il a le secret dans le métro new-yorkais - les entrailles de la ville aussi sombres que les instincts inavouables du tueur, c'est pas nouveau chez Lang. On évoquait en intro la qualité de l'interprétation, on pourrait également souligner le charme qui se dégage de ces donzelles (Rhonda remettant ses bas dans le miroir - véritable "reflet" des frustrations du tueur - ou semblant quasiment nue en ombre chinoise - jouant alors un véritable double jeu avec son mari et l'ami de ce dernier), une séduction qui influe constamment sur le récit : non seulement ce sont elles qui rendent dingues le tueur, petit fils à môman tout frustré, mais également celles qui restent toujours insidieusement dans l'ombre lors de cette course au pouvoir - ne pouvant bénéficier des premiers rôles, Ida ou Rhonda ne sont pas les dernières à vouloir tirer les petites ficelles de l'intrigue "dans le dos" des hommes. C'est ce ballet incessant des femmes autour des personages principaux qui constitue presque plus le noeud de l'histoire que la découverte du tueur. Et Lang sait toujours les mettre fantastiquement en valeur - petite faiblesse pour le soutien-gorge en pointe qui semble tout droit sorti d'un récit d'heroïc fantasy... passons... Pendant que la ville dort, le journaliste ne cesse jamais d'être à la recherche du scoop, mais il y a toujours une femme dans les parages pour aiguiser cette petite excitation... Véritable thriller "romantique" avec les mass-média en toile de fond, Lang touche une nouvelle fois en plein dans la cible. Trépidant. 

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