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Film muet au départ, puis honteusement doublé ensuite - l'accent parisien de la voix de Louise Brooks est proprement affreux "jeuuu ne veuuuu plus te revoââârrreeuu", les autres voix avecqueeu l'accent parisien ou avé l'assent marseillais sont tout aussi ridicules d'ailleurs -, Prix de Beauté ne vaut, disons-le tout de go, que par la présence de Louise Brooks. Le scénario, d'après une pauvre idée de René Clair, est terriblement plan-plan, la musique se fait terriblement envahissante, le montage, en voulant sûrement privilégier l'impression de "rapidité", est souvent nauséeux, et ces pauvres acteurs en sont réduits à jouer de pauvres stéréotypes à deux boules : le petit copain de la miss, gros lourdaud jaloux, le pote du couple, provincial qui subit plus de moqueries que Michel Blanc dans toute sa carrière, les soupirants de la miss qui décrochent le pompon (le prince à la fine moustache fait pour "régner" sur le coeur de ses dames, beurk, le maharadjah (!) dont le discours amoureux foutrait la honte à un gamin de 6 ans)...

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Bref, heureusement qu'il y a la Louise dans cette oeuvre qui serait sinon sûrement passée aux oubliettes. Notons tout de même, au niveau formel et pour être gentils, que Genina n'est pas avare de travellings joliment troussés (son grand truc c'est surtout les quais de train - forcément au niveau des rails, il y a de quoi faire...) et le final marque également indéniablement des points - ce type qui veut prendre sa revanche et qui sort de l'ombre comme dans un film expressionniste vintage, puis cette sublime image d'une Louise continuant de vivre sur l'écran alors que son corps repose, juste en dessous, mort, franchement rien à dire, c'est bien vu  - mouais, je vous bousille le dénouement mais franchement l'histoire n'a absolument aucun intérêt si cela peut vous consoler...

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La petite Louise est donc une petite dactylo parisienne qui rêve de devenir une reine de beauté. Elle va remporter le concours alors même qu'elle a cherché à cacher sa participation à son Dédé peu ouvert; lorsqu'elle devra faire un choix entre une carrière de princesse et le Dédé, ben elle suivra gentiment le Dédé - bravo - et comme au bout de deux jours elle va terriblement s'emmerder en restant chez elle (Louise en cage, comme un canari, ça rappelle forcément The Canary Murder Case), elle quittera son Dédé pour commencer une carrière dans le cinéma - le truc le plus rude c'est qu'après ce film, celle de Louise Brooks sera, elle, quasiment morte... Eminemment photogénique, il est assez marrant de voir défiler la Louise sur ce podium avec les autres immenses miss nationales : un mètre soixante-cinq, des jambes de colonnes grecques (c'est rude mais bon...) et habillée avec un truc qui pendouille affreusement, elle remporte malgré tout haut la main le concours de Miss Europe, parce que le charme, ben ouais, c'est comme ça, ça ne s'explique po.

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On a souvent envie de couper carrément cette bande-son infernale pour mieux savourer les petites expressions mutines ou mélancoliques de la Louise, c'est peut-être pas grand chose vous allez me dire, mais c'est aussi ça le cinéma : des héroïnes lumineuses qui s'impriment sur la rétine - l'ami Gols sourit, condescendant. J'ai peut-être plus de photos à montrer que de choses à dire sur cette oeuvre intellectuellement au ras des pâquerettes (sinon c'est jamais désagréable de voir la vie parisienne dans les années 30, hein, ne soyons pas trop injuste), donc arrêtons-nous là et puis ne nous plaignons pas trop, les occasions de voir des films avec la miss étant finalement bien rares. 

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