non_ma_fille_tu_n_iras_pas_danser_2009_18498_466628416J'ai dû passer à côté de quelque chose, mais pour ce coup-là Honoré m'a franchement désolé, ce qui fait deux fois en comptant sa pauvre mise en scène de Victor Hugo cet été. En s'exilant en Bretagne, il livre son film le plus parisianiste et ajoute de l'eau au moulin de ses détracteurs : cette fois, oui, Honoré apparaît bel et bien comme un bobo gâté qui tombe dans les pires travers du cinéma psychologisant à la mords-moi-le-noeud, chose qu'il avait su miraculeusement éviter jusqu'ici.

Le gars veut déranger, c'est sûr. C'est pourquoi il décide de jouer sur une fine ironie, une sorte de méta-langage sur le fil entre ses inspirations sentimentales habituelles et la critique d'icelles dans le même mouvement. Non ma Fille, Tu n'iras pas danser se veut donc drôle, ironique, décalé, jonglant entre vraie douleur contemporaine (être femme dans le monde actuel, et gérer son divorce, sa famille et ses enfants, la galère) et mise à distance de cette tendance. On a droit à de brusques décrochages qui se veulent en porte-à-faux vers d'autres styles, de légendes bretonnes filmées au premier non_ma_fille_04degré en dialogues too much destinés à se moquer du Cinéma Français école récente. Le résultat : un long pensum assez prétentieux, qui joue sans arrêt au petit malin sans en avoir les moyens. Car Honoré a beau tenter de nous faire croire qu'il n'est pas dupe de ce qu'il filme, son truc tombe neuf fois sur dix dans le "film concerné" le pire qui soit. Pour faire croire à une audace, il montre un couple agé qui fait l'amour (ô culot insensé !) ou plaque quelques lignes de dialogue qui assassinent la famille et les rapports entre soeurs (Desplechin devrait peut-être prendre Honoré en stage). Tout ça n'est que de la pose d'enfant timide qui voudrait jouer au grand, et on préfère mille fois quand Honoré assume son sentimentalisme (Les Chansons d'Amour) que quand il veut faire son rebelle.

19159126_w434_h_q80Son film est sec et frileux, et il ne parvient presque jamais à le faire décoller de ce concept fumeux, à toucher à un quelconque sentiment ou à dresser un état des lieux de la famille un tant soit peu crédible. A la place de ça, on a droit au sempiternel portrait de la femme hystérique d'aujourd'hui, campé ici, après Romy Schneider, Dominique  Blanc et autres Emmanuelle Béart, par Chiara Mastroianni. Pas si mal d'ailleurs, mais devant porter un personnage si caricatural, si détestable, si inintéressant, qu'elle en devient crispante. Le reste de la distribution est d'ailleurs dans le même mouvement, à commencer par Julien Honoré, en qui son frère voudrait bien voir un nouveau Louis Garrel, dans ce travail sur le décalage et le "jouer-faux", mais qui n'est qu'extérieur au film. Seule Marina Foïs s'en tire bien, naturelle au milieu de cette sophistication artificielle. Pourtant, on sent bien qu'Honoré voudrait faire un film de personnages, d'acteurs : quand on n'a rien à raconter, on se rabat sur le portrait intérieur vachement profond ; quand on n'y arrive pas non plus, on fait semblant d'en rire. C'est lâche et petit. En un mot : ce film est pète-couilles. (Gols 11/10/09)

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Vu que j'ai déjà du mal quand l'ami Gols aime Honoré, le pire était forcément à craindre quand il n'aime point. Résultat : grosse catastrophe; je ne sais point si Honoré se veut particulièrement ironique tant son film tombe dans un pathos à se flinguer. Je n'ai jamais vu de film dramatique bangladeshi, mais m'est avis que les personnages ne doivent pas autant se plaindre ou se sentir plus malheureux que dans cette oeuvre - alors que ces derniers auraient sûrement un peu plus de raisons... Si Honoré devrait faire des stages de scénario chez Desplechin, il devrait aussi en profiter pour prendre des cours, au niveau formel, chez Assayas : une image aussi terne que celle d'un téléfilm de FR3 (...), un montage souvent à la truelle - je ne veux pas m'étendre sur la question mais j'ai bien souvent grincé des dents comme un âne - et une direction d'acteurs à plusieurs vitesses - Julien Honoré et Louis Garrel faisant leur petit numéro uniquement pour eux-mêmes. Je ne parle même pas de certains personnages qui évoluent de façon totalement incohérente - les parents amoureux fous qui soudain, d'une séquence l'autre, se regardent en chiens de faïence - ou de ceux qu'on laisse volontairement tomber en route comme si on avait pas eu le temps d'écrire leur rôle plus en profondeur - Barr, Butaud, Garrel... Une seule bonne réplique à sauver - "personne n'aime les endives braisées dans la vraie vie", là je m'incline - pour tenter de finir gentiment sur une note positive. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas autant ennuyé devant un film français, franchement. Non, mon fils, tu n'aimeras pas Honoré, va bien falloir que je me fasse définitivement une raison et que j'arrête les frais. Même po envie de mettre une photo pour la peine. (Shang  17/04/10)