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Pénultième épisode de notre Lady Yakuza avec aux commandes un Tai Kato toujours aussi créatif dans la fabrication de ses plans; un opus peut-être moins bluffant formellement que le tome 6 - on s'habitue à tout cela dit... - mais qui regorge encore de belles trouvailles : des plans "tatami" réglés au cordeau - un petit plan séquence de six minutes, à l'heure de jeu,  pour la galerie -, un jeu sur la profondeur de champs toujours aussi subtil et inventif - une rampe d'escalier au premier plan qui "dessine"  le plan en isolant un personnage -, des gros plans magnifiés par le format en scope - Tai Kato va jusqu'à filmer uniquement une partie du visage de son héroïne, on se croirait presque chez Godard... Un épisode plein de cris et de fureur - plus on avance dans la série, plus la colère gronde - qui commence par une révolte ouvrière et se finit comme d'hab par un carnage de la Lady, avec en prime une multitude de scènes où les paysans fulminent ou qui mettent en scène de violents combats où les gaziers éructent de rage et de douleur. Notre Lady fait une apparition sur la fin en véritable ange de la mort assoiffée de vengeance, prête à combattre en solo ce chef yakuza pourri jusqu'à la moelle : un opus, aussi sombre que les eaux des rizières polluées par une usine du coin, qui s'achève dans le deuil et le recueillement; notre Lady semble épuisée par sa quête, il est grand temps que son parcours se termine...

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Lady Yakuza vient rendre visite à son pote Yuki, chef yakuza, dans un petit village, qui prend la défense des paysans. Elle survient alors même que ce dernier vient de se faire tabasser par les pontes du coin : un chef yakuza aussi vil que son oeil gangréné, le responsable d'une usine qui rend noirâtres les eaux du coin et bousille les cultures, un chef de l'armée, soutenu par le gouvernement, prêt à mater les révoltes en cette période de guerre russo-japonaise. Craignant malgré tout une révolte paysanne violente, le responsable de l'usine et le chef yakuza finissent par promettre à Yuki d'indemniser les paysans. Mais cela ne restera jamais qu'une promesse d'ivrogne, les dédommagements débloqués par la maison-mère qui chapeaute l'usine finissant dans les poches des différents pontes. Pour mettre le holà à toute tentative de soulèvement, le chef yakuza décide d'assassiner Yuki et la Lady toujours prêts à se battre pour défendre les intérêts des paysans. Le Yuki est proprement massacré lors d'une embuscade - scène glauque et violente filmée à travers une forêt de bambou - et la Lady, toute de noire vêtue, se rend d'un pas décidé au combat (superbe enchaînement de plans magistralement cadrés : elle surgit, disais-je, tel un "ange de la mort", semblant sortir des entrailles de la terre alors que son visage apparaît sur un fond de ciel) : l'heure a sonné pour ce chef yakuza qui mérite de crever dans les eaux boueuses et empoisonnées des rizières.

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En dehors d'une séquence proprement burlesque, qui tourne presque au grotesque, avec l'incontournable Tomisaburo Wakayama pris la main dans le sac en train de peloter une geisha - lorsque la Lady (à laquelle il voue un culte) le surprend dans sa fâcheuse posture, il s'en prend à la geisha qui lui a "emprisonné" sa main dans son corsage... - et avec un Ministre des Armées quasiment à poil que la Lady fait proprement voler dans les airs pour lui apprendre la politesse, le reste de cet épisode baigne dans la colère et une évidente noirceur : problème écologique, corruption à tous les étages, paysans bafoués, loi du plus fort, cet opus illustre tout le malaise de cette société nipponne, d'hier et "donc" d'aujourd'hui, touché profondément par une crise économique et morale.

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Comme le dit le chef yakuza, on vit dans une époque où il vaut mieux être "le prédateur que la proie", justifiant ainsi le moindre coup bas. Heureusement la Lady veille et se pose en exemple pour la prochaine génération, vu le regard plein de respect voire d'adoration que l'enfant de Yuki pose sur elle. Un épisode très sombre voire claustrophobique enfermé dans les plans fixes d'un Tai Kato, toujours au taquet au niveau de la mise en scène.

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