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Archie Mayo a remplacé Fritz Lang après seulement quatre jours de tournage pour mettre en scène cette jolie bluette. Si le scénario est on ne peut plus prévisible - même le "rebondissement final" prend des allures de coup d'épée dans l'eau -, le film bénéficie de la présence de notre Jean Gabin national en exil à Hollywood - with a French accent loin d'être totally ridiculous - et de celle de la rafraîchissante Ida Lupino. Le décor de cette barge en bord de mer apporte également un certain cachet à cette oeuvre, avec un final sur ce quai des brumes formellement assez impressionnant et prenant.

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Jean Gabin est un docker qui se prend d'entrée de jeu une cuite dantesque : cette introduction bénéficie d'un montage au taquet avec des images toutes floutées voire totalement surréalistes - ce corps de femme qui se dématérialise sous les yeux hébétés de notre Jean saoul comme un polonais - et des images en surimpression - un cadran dont les aiguilles sont en forme de bouteilles de bière - qui donne à l'ensemble un côté assez vertigineux. Notre Jeannot se réveille avec un mal de crâne terrible et commence à frémir lorsqu'on lui apprend que, durant la nuit, un type a été étranglé : vu son instinct de bagarreur et le regard qu'il porte à ses propres mains (il a, qui plus est, la casquette du type en question sur sa trogne), il est loin d'être serein, des conneries du passé semblant subitement remonter à la surface. Il tente de garder la tête froide et s'improvise dans la foulée le héros d'un soir en sauvant une jeune femme de la noyade. La chtite - fragile Ida - semble toute perdue et il décide de la prendre sous son aile et sur sa barge.

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Notre Jean se définit plus comme un "gitan" que comme un "paysan" et ce flirt à peine entamé, il décide de se faire la malle, laissant la gâte en plan sur la barge - po le genre à se lier, le gars. Mais l'amour peut frapper les plus endurcis, et le voilà-t-y pas qui fait machine arrière pour revenir tout transi vers son Ida. Une menace plane tout de même sur notre Jeannot : l'un de ses vieux comparses tient absolument à ce qu'il reprenne la route avec lui (un drôle de pacte semble les lier), quitte, en cas de refus, à le dénoncer pour ce meurtre - l'a-t-il commis ou non, suspense terrible... Mais Jean tient bon la barre et commence une nouvelle vie bien paisible avec l'Ida. Son comparse ne semble, lui, point décidé à abandonner l'affaire si facilement...

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Somptueuse séquence finale avec la silhouette tout en ombre d'un Jean, ravagé par la haine, qui fonce sur sa proie. Cette soudaine montée de tension ravit, le ventre mou du film n'ayant formellement rien de vraiment extravagant. Certes l'alchimie entre Jean et Ida est au rendez-vous mais cette petite romance diablement romantique nous laisse quand même un peu sur notre faim. On est bien content de voir la petite gueule d'amour de Gabin fondre pour cette ardente Ida mais ce petit côté rose-bonbon va bien cinq minutes... Archie Mayo semble un peu s'endormir aux manettes et on trépigne en pensant au gars Fritz qui a abandonné l'aventure à peine commencée. Mais bon, le film demeure dans l'ensemble plutôt plaisant, permet à Gabin de briller outre-Atlantique et c'est déjà pas si mal pour une première - et avant dernière - tentative.   

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