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Cette version moderne d'Electre permet à Visconti de nous transporter au sein d'une famille où pèsent de lourds secrets familiaux et dans des décors intérieurs comme extérieurs où l'on ne cesse de croiser des fantômes... du passé. C'est bizarre cette impression de "déjà vu", personnellement (peut-être un très lointain souvenir de la vision de ce film... ou non), tant l'on est immédiatement familier aussi bien avec ces lieux immenses qu'avec ces personnages (le frère et la soeur), comme englués malgré eux dans leur enfance. Peut-être parce que la vie de province est finalement partout la même, comme le dit l'un des personnages, un monde à la fois empreint d'ennui et de souvenirs d'enfances inoubliables.

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Sandra, Claudia Cardinale (bellissima et au regard aussi sombre que ce personnage pris dans les ombres du souvenir) revient avec son mari, un Américain, dans cette grandiose demeure familiale. Le troublant personnage de son frère (Jean Sorel, delonnesque par sa beauté) ne tarde pas à faire une apparition - un "fantôme", justement, aperçu par l'Américain qui prend corps - et dès les retrouvailles, on ne peut plus tendres et caressantes avec sa soeur, on devine le terrible amour qui les lie. S'ajoutent au tableau l'image d'un père, d'origine juive, mort pendant la guerre - dénoncé...? - et la figure d'une mère devenue à moitié folle et recluse dans une villa. L'Américain, personnage bien innocent au sein de l'histoire familiale, tente tant bien que mal de démêler les lourds secrets qui semblent peser sur l'esprit de sa femme en interrogeant ce beau-père (sa mère s'est remariée) qu'elle hait. On sent venir inexorablement l'heure des "règlements de compte", voire le drame inévitable...

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Sandra semble avoir voulu prendre un nouveau départ en se mariant avec cet Américain totalement extérieur au monde de son enfance mais, comme celui-ci d'ailleurs le redoutait, le retour en ces lieux risque de happer sa femme dans un univers dont elle cherchait à s'extraire : un ancien amant dévoué, une relation mère/fille explosive et surtout la passion de ce frère qui semble incapable de faire le deuil de leur "séparation"; elle ne tarde pas à retrouver les automatismes de leurs jeux d'enfance : un message caché par le frère au creux d'une statue de Psyche et d'Eros (image de leur amour "coupable") la mène à leur lieu de rendez-vous habituel : superbe image que celle du frère et de la soeur reflétés dans les eaux du lieu : Sandra s'échappe et seul le reflet du frère subsiste, prisonnier semble-t-il à jamais de leurs amours passées. Claudia Cardinale incarne à la perfection cette femme éprise de son mari qui s'enfonce peu à peu dans les eaux troublantes de son enfance, de son histoire familiale, avant de tenter d'en ressortir - la dernière tenue dont elle se pare, d'une blancheur maculée, alors que dans une lettre elle exprime le souhait de retrouver son mari (parti à New-York entre-temps) le plus tôt possible - comme purifiée. La seule a pouvoir peut-être, finalement, parvenir à s'en sortir... Troublante et envoûtante oeuvre viscontienne, à l'image de ce fabuleux titre original - les "pâles étoiles de la Grande Ourse" - tout un poème (de Leopardi, justement...) - qui ne peut difficilement laisser insensible - mais à chacun sa sensibilité, certes. 

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