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Bonne petite poilade à l'anglaise sauce fifties que ce Ladykillers : une bande de cinq bras cassés investissent la maison d'une vieille, et alors qu'ils pensent trouver en elle la parfaite couverture pour leur casse du siècle, la vieille, véritable Miss Catastrophe, va finir par les rendre tous complètement berdins : joie de ces couleurs et de ces décors saxons vintage, mais surtout gloire à ces acteurs qui s'en donnent à coeur joie : Katie Johnson incarne cette vieille dame pimpante avec panache et face à elle, en leader des pieds nickelés, on retrouve l'excellent Alec Guiness dont la tronche est en soi tout un poème : une crinière blanchâtre explosée, un sourire draculesque, une démarche de bossu, il est le "cerveau" de cette bande de guenillards qui feraient moins taches en pompom girls que dans un gang : un gros bourrin avec un petit coeur qui bat, une petite frappe toujours sur le qui-vive (excellent Herbert Lom), un moustachu débonnaire et, cerise sur le gâteau, en petit mecton, Peter Sellers. Le gang établit son Q.G chez la vieille, compte se servir d'elle pour récupérer le magot et se faire la malle ni vu ni connu. Ca c'était le plan. Seulement la vieille ne va pas se contenter d'être un petit grain de sable dans l'organisation du bazar, devenant en cours de route un gros boulet. Pas d'autres choix, pour nos grands professionnels, que de l'éliminer, seulement la petite plaisanterie (po difficile de l'abattre, sur le papier) va tourner au véritable massacre pour nos cinq hommes...

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Certains gags sont peut-être un peu gros, mais le rythme de l'ensemble est tellement soutenu et certaines séquences tellement poilantes qu'on en finit pas oublier ce petit bémol : une chasse au perroquet qui détruit la moitié de cette baraque déjà bien brinquebalante, notre vieille dame offusquée par le traitement qu'on fait subir à un cheval qui alerte tous les flics du quartier alors qu'elle transporte, malgré elle, le magot, une rencontre entres vieilles dames au taquet et notre gang coincé dans la baraque absolument hilarante (Alec Guiness au piano, énorme), et un final qui est une véritable tuerie dans tous les sens du terme - un comique de répétition dans la façon de se débarrasser d'un corps qui fait inexorablement mouche. Katie Johnson, qu'elle prenne ses airs de bonne pâte ou sa mine offusquée, est absolument craquante, et même si tout le monde doute qu'elle ait bien toute sa tête c'est encore celle qui a le plus les pieds sur terre. Elle finit par faire tourner en bourrique ce pauvre Guiness tout penaud de constater la seule faiblesse dans son plan : le facteur humain... Une comédie à l'anglaise qui pète le feu avec un duo de choc (Johnson/Guiness) qui n'a pas pris une ride. Parfait quand on ne veut pas se prendre la tête et se laisser divertir, sainement, par des acteurs en pleine bourre.   (Shang - 11/04/10)

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Infériorité du cinéma britannique chapitre 125. Voilà typiquement le genre de film qui, si vous êtes dans l'humeur adéquate, peut vous réjouir à l'infini par sa légèreté, ses acteurs, son ton "so british" ou que sais-je encore ; mais qui, si vous ne l'êtes pas, peut s'avérer puissamment ennuyeux, attendu et sans éclat. J'étais malheureusement dans le deuxième état quand j'ai envoyé cette comédie pourtant classique d'un certain cinéma de divertissement : j'en ressors donc en multipliant les bâillements mous. Tout y est pourtant : l'humour noir et absurde si cher aux Anglais, les acteurs rigolos, le scénario sophistiqué, et même parfois, une certaine présence à la réalisation (notamment sur le montage de la dernière séquence). Mais allez comprendre : je n'ai pas souri une seule fois devant ce cinéma vieillot, où chaque gag, quand il ne s'annonce pas deux minutes avant, semble poussif et mal fagoté, privé de rythme et laborieux. On dirait que deux films se combattent au sein d'un seul : un, familial et coloré, rassurant et tout public, et l'autre, insolent et noir, absurde et fou. Comme si Mackendrick n'avait pas su se décider et avait décidé de couper la poire en deux : le résultat est qu'aucun des deux n'est abouti. Trop sombre pour plaire aux petits, trop mignon pour plaire aux grands, Tueurs de Dames joue roublardement sur tous les tableaux : si on voit un groupe de bandits balancer un cadavre dans un train, image assez proche des films d'épouvante, aussitôt le réalisateur compense par une croquignolette scène de comédie avec petite vieille et grosse farce. Ça ne tient pas. De même pour le final, moral comme c'est pas permis : une telle comédie macabre aurait mérité une fin un peu plus punk, un peu moins lisse (même si, finalement, on se retrouve avec un paquet de cadavres en partance dans un train). Mackendrick passe à côté d'un vrai film dérangeant, et se contente d'une petite farce sans envergure. Tant pis : on se contentera de numéros d'acteurs cabotins (Guiness) ou en devenir (Sellers, pas encore aussi précis que dans le futur, mais déjà adepte de cette distance dans le jeu), de jolies couleurs désuètes, d'un intéressant travail sur les décors et du charme éternel et dépassé de ce cinéma anglais des années 50. Ca peut suffire, ça peut...   (Gols - 07/01/20)

 

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