Image65_1_Voilà longtemps que je rêvais de voir ce film (un extrait dans Les Innocents de Bertolucci étant la seule bonne séquence du film), et alors pfiouuttttt, quelle déception, ça tombe quand même souvent à plat. Certes Godard se plaît à ne vouloir respecter aucune pseudo-règle du cinéma de papa : gros plans avec une caméra grand angle, travelling à la main... (j'invente rien, il le dit dans une interview - restons sportif), mais bon, que reste-t-il dans cette histoire de vol le plus minable de l'histoire du cinéma ? Il y a certes la pétulante Anna Karina, Claude Brasseur (qui 42 ans plus tard jouera dans cette merde de l'année, Camping (qui remporte la palme haut-la-main et ravit le titre gagné d'avance pourtant à Bronzés 3, ce qui représente une chute plus abyssale que les actions d'Euro-tunnel) et Samy Frey dit Franz pour sa ressemblance avec Franz Kafka (moi je trouve plutôt qu'il ressemble à Sylvain mais faut connaître)... Mais enfin les dialogues sont souvent mous, la meilleure idée étant peut-être dans cette minute de silence où les trois larrons se regardent de façon morne... Oui, il y a bien cette fameuse course julesetjimesque dans le Louvre (3 plans, 10 secondes), ce fabuleux moment suspendu lorsqu'ils dansent le Madison - plus HalHartleyen tu meurs, désolé pour l'anachronisme référentiel, je suis jeune...), mais sinon, on s'endort quand même pas mal et on a du mal à s'attacher à ces 3 personnages, dès cette séquence du début, le cours d'anglais le plus nase jamais vu.

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Alors oui, il y a de multiples clins d'oeil (les célèbres "private joke" : il est question de La Peau Douce (qu'a tourné Truffaut la même année et de "tigre qui aime la chair fraîche", le Chabrol (euh il y a un petit supplément dans la collection Criterion qui revient sur tout ça, restons modeste) et autres références littéraires (de Rimbaud à Queneau en passant par London, Shakespeare, Breton et Aragon) ou cinématographiques (Chaplin, Les Parapluies de Cherbourg et j'en passe...). Mais Godard n'atteint jamais un quart d'une seconde le brio et la magie d'A Bout de Souffle... Le seul truc qui m'ait fait vraiment fait marrer, c'est justement dans les bonus, une émission de 5 minutes de Labarthe sur "La nouvelle Vague par ellebande_a_part_band_of_outsiders_1_-même" réalisé sur le tournage du film : pendant le générique de fin, on écoute en off Godard qui est grandiose : "Bon les gars, nous on va bouffer; ben oui parce que contrairement à la télé, le cinéma nourrit son homme; on va se taper du poulet, hein, pendant que les gars de l'ORTF boufferont des sandwiches". Un grand moment.   (Shang - 23/12/06)


Moins désolé que mon camarade peut-être, mais tout de même assez étonné par cette baisse de régime flagrante de la part de JLG, qui nous livre ici son oeuvre sans doute la moins personnelle (elle ressemble plus, finalement, à un film de son compère Truffaut), en tout cas la moins "moderne" de sa carrière. D'accord, il prévient dès le départ : "moderne = classique", mais tout de même... JLG range au placard toutes ses innovations arty incroyables de ses débuts, et se contente d'un film assez linéaire et souvent même informe.

vlcsnap_1035038Il y a quelque chose de touchant, malgré tout, dans ce romantisme surranné, dans cette façon d'envisager le polar comme un voyage intérieur de la part de l'auteur lui-même : la voix-off (Godard lui-même) égrene quelques pensées magnifiquement écrites, allanguies, mélancoliques, qui tranchent avec l'énergie des acteurs et de leurs actes. Le film est sans arrêt tendu entre deux pôles : la trame, pleine de suspense, d'un côté, et le comportement de nos trois Pieds Nickelés, hiératique, de l'autre. C'est sans nul doute dans la deuxième inspiration que Godard est le meilleur, dans cette façon de filmer les moments creux comme plus importants que les moments d'action : la scène de la danse, effectivement magique, la minute de silence, assumée avec beaucoup d'humour, ou les longues ballades en voiture où les dialogues se perdent dans le morne et l'ennui. Encore une fois, c'est une génération bien désoeuvrée que filme JLG, désincarnée, désengagée, trompant l'ennui par des actes tour à tour poétiques et immoraux. Les trois acteurs sont vraiment bien, même Karina (pour une fois, dirais-je pour exagérer un chouille) qui sert une prestation assez proche des films muets d'un Griffith par exemple : naïveté (ses petites mines pendant le cours d'anglais sont très drôles), mélodrame (sa façon d'affaisser son corps, de porter tout le poids de la douleur), pieta moderne que Godard filme en vrai amoureux ; Frey et Brasseur sont également parfaits dans le travail sur leur silhouette.

BandeMais il n'y a pas de ces innovations bluffantes, de ces hiatus insensés, de ces options de mise en scène incroyables, auxquels Godard nous a habitués. On dirait qu'il décide cette fois d'user d'un style presque académique (toute proportion gardée tout de même : il y a encore quelques très jolies choses désordonnées là-dedans) pour raconter son histoire, qui va d'un point A à un point B sans vraie personnalité. Alors, oui, on s'ennuie un peu, comme devant un film sympathique mais pas très signé ; pour un Godard, c'est quand même un comble. Un film malheureux, qui transpire la tristesse, mais qui se donne des airs de légèreté. Bancal.   (Gols - 10/04/10) 

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