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Peter Strickland nous entraîne dans une nature calme et tranquille - somptueux paysage que celui des Carpates - dans une histoire où les sursauts de violence nous font soudainement bondir de notre siège. Plus qu'une simple  histoire de vengeance, Katalin Varga baigne dans une envoûtante atmosphère remplie de références religieuses où le sixième Commandement,  "Tu ne tueras point", n'est po à prendre à la légère. Si tout crime mérite sa punition, Dieu peut toujours compter, pour ce faire, sur la nature humaine... Une histoire on ne peut plus simple : une femme se retrouve sur la route avec son enfant après avoir été chassée par son mari; on comprend rapidement que celle-ci a été violée - d'où l'enfant - et qu'elle est partie en quête des deux hommes responsables de cet acte. Un voyage durant lequel on sent toute la volonté de cette femme (charismatique Andrea Gavriliu dont le regard peut se faire en clin d'oeil charmant et puis farouchement déterminé) pour laver l'affront. Si elle se veut très rassurante auprès de l'enfant qui l'accompagne dans ces paysages verdoyants, elle sait aussi ne pas aller par quatre chemins pour dire ce qu'elle a sur le coeur à un homme; cela nous donne d'ailleurs deux séquences particulièrement fortes : une scène d'amour qui tourne à l'enfer lors d'une nuit joliment éclairée par les flammes d'un feu de bois, et le récit par Katalin de l'acte traumatisant de son passé face au violeur, alors accompagné de sa femme : scène tendue filmée sur une barque où elle raconte ce moment où sa vie a basculé dans l'horreur face à cet homme qui mène une vie paisible mais se fait rattrapper par son passé (il se retrouve entre deux eaux, c'est le moins qu'on puisse dire...).

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Peter Strickland sait user de nappes musicales amples et envoûtantes pour faire baigner son film dans une troublante atmosphère, comme si derrière l'apparente sérénité des paysages, la beauté des lieux, pouvaient sourdre à tout moment une menace, un drame - belle façon notamment de filmer ces inquiétantes forêts. Le film a parfois tendance à baisser d'intensité - des séquences trop longues (Strickland a l'air lui-même un peu hypnothisé par les paysages qu'il filme) voire inutiles (les hommes qui débarquent chez un homme qui loge Katalin et qui se fait prendre à parti) - mais cela n'en rend que plus impressionnantes les soudaines montées de violence. Un  film joliment maîtrisé dans la forme qui verse néanmoins parfois un peu trop dans la contemplation et la recherche de la belle image. On n'en tiendra tout de même pas trop rigueur à son réalisateur (britannique) dont c'est la première oeuvre.   

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