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Il y a quelque chose de touchant dans le film de Giannoli, dû autant à l'interprétation de Cluzet (ce type pourrait incarner Nicolas Sarkozy qu'il le rendrait sympathique) que dans ce parcours d'un escroc un poil illuminé qui oublie, en route, son projet de départ pour se laisser prendre au jeu, dépassé en quelque sorte par l'élan de solidarité dont il est... à l'origine. Lorsqu'il se rend sur ce chantier d'autoroute abandonné pour tenter de grappiller un maximum de thune, en empochant de bonnes petites commissions (ah la bonne vieille corruption à la française....), notre homme est indéniablement bienvenu chez les ch'tis. Il compte se barrer rapidement d'autant que l'espoir qu'il a rallumé, la chaîne de solidarité qu'il a mise en oeuvre, le dépassent quelque peu; mais il ne va pas tarder à prendre au sérieux ses responsabilités et va progressivement se mettre à croire à son propre délire. Il y a a_l_origineforcément quelque chose de pathétique et de guère glorieux dans ce personnage un tantinet mégalo de Père Noël économique mais la dimension humaine qu'il va donner à ce projet - à l'heure où apparemment tout les responsables s'en branlent dans leur tour en verre - bouleverse quelque peu la donne : avec un minimum de bonne volonté, il va filer du taff pendant trois mois à une cinquantaine de personnes et relancer tout un projet abandonné au départ par la présence... de scarabées. Un véritable projet de dingue (la construction par une société fantôme d'un tronçon d'autoroute qui n'est point raccordé au réseau routier) dans un monde de fous. Certes, on voit venir tout le côté symbolique de la chose (revenir à un monde plus humaniste, redonner confiance aux individus pour que chacun donne le meilleur de lui-même) avec ses gros sabots d'autant que Giannoli "se basant sur une histoire vraie" n'y va pas de main morte pour "romancer" son histoire (il y aura forcément, en prime, une histoire d'amour, une relation paternaliste avec un chtit gars perdu et un réglement de compte de notre gazier avec son passé "malheureux" (Depardieu incarne "subtilement" le passé, un rôle à sa mesure... - il a peu de scènes mais semble à chaque fois sortir de trois jours de beuverie avant de se rendre sur le plateau; file un mauvais coton, Gégé). C'est sûrement un peu trop long, un peu répétitif - les multiples arnaques de Cluzet dans une France aux allures de République bananière - chargé (comme le Audiard, c'est la mode ou la norme ?) d'une musique violonneuse trois séquences sur quatre, un final grandiloquent résolument "too much" (on se croirait presque à Iwo Jima...) mais cette oeuvre française, qui ne manque point d'ambition (certes, c'est po Fitzcarraldo quand même, soyons honnête), possède des accents d'une belle sincérité : ce personnage totalement affabulateur, magnifiquement interprété par Cluzet, trouvant paradoxalement "la voie" de la vérité - celle vers un monde à visage plus humain. Et c'est plutôt louable dans l'ensemble.

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