Une petite rareté espagnole à base de mâles postures, de mains qui claquent, de coups de couteau dans les ruelles et de cris stridents (genre "aïïïïï-rrraïïïïï-lalaïïïïï") : c'est du flamenco sur un canevas de flamenco avec des danseurs de flamenco, tradition tradition. Beleta s'appuie sur cette histoire de vengeance et de donzelle égarée pour déclarer sa flamme à la danse et à l'Espagne du siècle dernier, rien à lui reprocher. C'est clinquant, très stylisé, avec notamment des écrans tout rouges quand la mort rôde ou des ralentis quand la mort rôde aussi. Le gars nous offre en plus un charmant minois en la personne de l'actrice principale, victime sacrificielle de la violence des hommes et de la passion qui dévore les coeurs.

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Il y a un petit côté West Side Story dans ces cadres en cinémascope pleins de couleurs légèrement passées, et dans ces cadres en contre-plongées vertigineuses (la femme à terre, l'homme qui vient de la frapper la dominant dans sa chemise pourpre, c'est du flamboyant). Modèle qu'on retrouve d'ailleurs dans l'histoire elle-même, à travers ces duels entre jeunes gens dans l'obscurité de la ville. Ca commence d'ailleurs très fort avec cet assassinat silencieux en bord de mer, qui se conclue par la violence sèche réhaussée par la stridence de la musique. C'est après que ça se gâte : au bout de 42 scènes où la donzelle court dans les rues avec un visage effrayé, pendant que l'homme qu'elle croit mort lui sussurre des "Candella !" menaçants, on commence à avoir envie de voir la suite, on a compris le truc. De suite, il n'y en a guère. El Amor Brujo serait très bien en court-métrage ; mais Beleta étire ces séquences pseudo-inquiétantes à l'envi, et tire méchamment en longueur. On dirait un film d'Argento, en moins fun toutefois puisque la gonzesse ne se fait jamais étriper et continue à haleter dans les ruelles.

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L'ensemble du film est à cette image : étirées plus que de raison, les séquences finissent par se vider de sens, et deviennent à la limite du ridicule alors que Beleta vise de toute évidence la puissance. Heureusement, il y a la danse, trop rare mais vraiment impressionnante, filmée n'importe comment (on ne voit pas les pieds, ce qui, pour du flamenco, est une option, disons, personnelle) mais tout de même super dynamique. Sans ces quelques scènes toutes en grandeur, le film est d'un ennui mortel, ringard et comique sans le vouloir. Mais bon, une rareté, donc...