Un Animal, des Animaux (1996) de Nicolas Philibert
Après le Louvre, Philibert s'attaque à la rénovation du Muséum d'Histoire Naturelle. On retrouve le goût du gars à vouloir capter la relation entre les "oeuvres" et leur entourage, en se focalisant cette fois sur le regard "attentif" de ces pauvres animaux empaillés qui assistent, impuissants forcément, aussi bien au rafraîchissement de leur costume qu'aux travaux sur les lieux. Ils semblent même parfois encore doués de la parole, pardon de cri, le brouhaha des machines paraissant tirer de leurs entrailles un dernier sursaut de vie. Scènes relativement saisissantes de ces animaux sauvages que l'on emballe (ah c'est forcément un sacré bordel de transporter un éléphant, même mort...), que l'on "remaquille", que l'on dépoussière, que l'on remet en place précautionneusement, comme si finalement on était presque plus aux petits soins pour eux morts que vivants. Comme le dit d'ailleurs ingénument une femme à un taxidermiste à propos d'un renard retrouvé écrasé au bord de la route et maintenant empaillé : "Il va mieux maintenant!". Bon cela dit, même si Philibert aime à saisir la précision du taff des taxidermistes (moulage, empaillage, choix des yeux...), la méticulosité qu'il faut avoir pour notamment déployer les ailes d'un papillon voire l'incongruité de certaines situations (on plie une peau de phoque comme une chaussette, l'autruche empaillée, lorsqu'elle est transportée, garde le même air à la con que de son vivant), on reste un peu sur sa faim tout au long du reportage : certes ces animaux sembleraient parfois encore doués d'une âme en observant scrupuleusement leur mise en place dans ce tout nouveau logis taillé sur mesure, mais à force d'enchaîner les très courtes vignettes, on a quand même bien du mal à se passionner outre mesure à la chose : le travail des nombreux spécialistes participant au projet est à peine effleuré, et l'on n'assiste bien souvent qu'à des bribes de discussion sans vraiment savoir qui a finalement décidé quoi et pourquoi... Bref on suit sur une heure ces trois ans de travaux en étant parfois aussi interloqué qu'un perroquet taxidermisé sur la signification et le pourquoi de tout ce bazar - un peu frustrant pour un spectateur encore vivant (enfin j'espère...)...
Commentaires sur Un Animal, des Animaux (1996) de Nicolas Philibert
- La rénovation du museum est le point de départ du reportage, c'est un fait - je ne vois pas de contresens là dedans. Après à chacun d'avoir une lecture sur le travail de Philibert et d'y voir une "dimension secondaire" (la vôtre est intéressante, j'osais m'aventurer sur ce terrain quand je parlais de "l'âme" des animaux, même si ce fut timide...). La Ville Louvre m'avait pour le coup beaucoup plus impressionné sur cette "dimension" qu'avait le reportage de Philibert, là je suis resté un peu sur ma faim - le nez surement un peu trop collé "aux vitrines", c'est vrai. Merci quoiqu'il en soit pour votre "éclairage" qui est forcément le bienvenu.

















Par contre, par son traitement décalé, entre documentaire et fiction, il a pour projet d'approcher des thèmes métaphysiques (notre animalité, notre relation aux animaux, notre antériorité), scandés par ces gros plan, ces "portraits" d'animaux.
Il termine par un plan fixe de notre plus lointain ancêtre qui nous regarde droit dans les yeux, en écho lointain et malicieux à l'enfant des étoiles, plan final de 2001 de Kubrick.
On a avec ce film un exemple de la magie de cet art, le cinématographe, qui peut transcender un matériau (des images documentaires) par l'acuité d'un regard.