______IICManager_Upload_IMG__Lubiana_ecce_20bombo1Une nouvelle comédie dépressive en provenance de Nanni, et encore une fois un grand moment d'humour à froid dont lui seul a le secret. Comme dans l'ensemble de sa filmographie, le sujet est sombre : ici, le portrait d'une jeunesse entre engagements politiques minables et tourments sexuels, qui tente de se constituer en communauté d'idées alors que rien ne lie plus les gens entre eux. Mais comme dans l'ensemble de sa filmographie, il se dégage de cet ennui infini, de cette perte de repères, de ce désoeuvrement languide, un ton infiniment drôle et touchant, qui vient franchement d'on ne sait où, et qui remporte le morceau. Un peu comme un Woody Allen en dix fois plus triste, Moretti joue avec le drame, avec la réalité sociale la plus désespérante, pour en faire une succession de vignettes impayables.

Les séquences sont en effet très courtes, tapant tous azimuths, parfois d'une jolie profondeur, mais parfois aussi d'une idiotie totale. Moretti ne refuse jamais l'absurde, ne recule devant aucune impulsion, même Ecce_Bombo_Morettidouteuse : un flash-back annoncé par l'acteur lui-même qui fait des "boulouboulou" avec sa bouche faute de moyens, des réunions de famille tirées jusqu'au délire, des gros plas exsangues sur des jeunes gens sans énergie, des apparitions de musique disco dans les moments les plus vides, tout est bon pour lui. Bien sûr, c'est fatal, tout ne fonctionne pas, et Ecce Bombo est peut-être un poil moins réussi que l'anarchiste Je suis un Autarcique. Mais la plupart du temps, ça donne un mélange de liberté totale et de cérébralité qui force le respect. On a droit à quelques répliques impayables (Moretti, en groupe de discussion, avec son air de chien battu intellectuel : "Moi, je suis pour une sexualité diffuse et moite"), à des minuscules situations pleines d'imagination, et surtout à un sens de la rupture impeccable : dès qu'un moment risque de tomber dans le pathos, ou dans l'explicatif, on coupe, ou on désamorce avec un gusse qui débarque en slip ou une réplique inattendue. Le film nous perd Ecce_20bombo_20_1978_un peu sur la fin, hésitant sans doute sur ce qu'il veut exactement dire ; on le préfère quand il ne dit rien d'autre que le désarroi d'être un jeune politisé dans une époque qui n'est ni jeune ni politisée, la douleur de perdre un amour ou de passer ses vacances tout seul à Rome, la colère de ne pas savoir faire son lit et la peur de voir sa jeunesse en train de passer. Un grand moment, comme toujours, foutraque et mystérieux.