11 mars 2010

Les Plages d'Agnès d'Agnès Varda - 2008

19012290_w434_h_q8080 berges et toujours au taquet, la ch'tite bonne femme d'Agnès. Revenant éternellement sur sa vie, comme dans nombre de ses films, elle livre avec cet opus un modèle de modestie en toute liberté, un poème mélancolique et très vivant et une jolie petite forme bricolée comme elle en a le secret.

Pas vraiment de surprise dans le fond : Les Plages d'Agnès revient sur l'ensemble de la vie de la dame, de son enfance à aujourd'hui, en passant par les moments obligés (la Nouvelle Vague, Demy, l'échappée new-yorkaise, la rue Daguerre). Agrémentée de nombreux extraits de ses films, cette odyssée dans un verre d'eau alterne les passages "rêvés" (petites mises en scène de ses passions, ou reconstitutions d'épisodes de son passé) et les parties documentaires, les petits songes sans conséquence et le cinéma-vérité qu'elle utilise magnifiquement (quelques plans sur des 19012288_w434_h_q80objets banals, des gens pris sur le vif). Ca part dans tous les sens, en revendiquant d'ailleurs fièrement ce côté "fil en aiguille", monologue intérieur tourné vers les autres avec une tendresse éclatante. Si le film démarre comme la fameuse phrase de Stendhal ("les miroirs le long des routes pour refléter le réel", ou un truc du genre), la mise en scène plonge très vite dans une sorte de joyeux foutoir fait de bric et de broc : on mélange le futile et le profond, le passé et le présent, l'humour et l'engagement, avec toujours ce ton drôlatique et calme.

Bien sûr tout ça est tout de même très maîtrisé, malgré le caractère dilettante. Les cadres des miroirs, multipliant l'espace de la plage dans la première scène, vont se retrouver dans de nombreuses scènes, mais toujours 19012289_w434_h_q80insérés dans le cadre de l'écran : c'est un extrait de film intégré dans le décor de la maison familiale, c'est une fenêtre ouvrant sur des perspectives amoureuses, c'est une multiplication des écrans, comme dans le dernier plan qui met en abîme à l'infini l'image de Varda. Les sauts du coq-à-l'âne réussissent le pari audacieux, et ce par la seule force de la mise en scène et du montage, de dessiner les plans d'une existence dans son entier, vue par le regard d'une vieille femme qui a vécu des tas de choses superbes. On traverse le cinéma de Varda, mais aussi son intimité, mais aussi son espace intérieur, mais aussi une époque, tout en croisant de précieux visages (Godard, Marker (caché derrière un chat), Morrison, bien sûr le grand Demy, et toutes ces figures anonymes qui ont jalonné les films depuis La Pointe Courte, et que Varda retrouve avec un bonheur évident).

Il y a peut-être quelques longueurs là-dedans, sûrement des passages moins inspirés que d'autres. Mais tout ça est fait avec une telle simplicité apparente et un tel amour des gens, et surtout en toute absence de nostalgie rance, que Les Plages d'Agnès reste un bonheur de cinéma, libéré de toute contrainte audimatique. Toute petite chose précieuse. (Gols 02/01/09)


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A petits pas feutrés, sur des plages abandonnées - ou (re)peuplées -, Varda remonte le temps avec toujours la même simplicité et l'Art d'enchainer les mots, les idées, les souvenirs parcellaires, les images. Souvenirs intimes ou artistiques, tout se mêle chez Varda qui expose sa vie modestement sur la toile cinématographique, tentant de re-monter sur les quelques traces du passé - empreintes qu'elle a laissées sur le sable de ces plages et de cette vie -, avant que le vent ou la mer ne les emportent ou que les trous de la mémoire n'engloutissent tout. On sent forcément Varda préoccupée par le fait de perdre un jour le fil de ses pensées, de sa mémoire, comme sa mère avant elle ou ces autres vieilles dames croisées en cours de route; ce jeu de piste qui emmêle savamment présent et passé, documentaires et oeuvres de fiction apparaît comme un ultime pense-"bête" (hommage fugace au chat Zgougou...) pour la jeune Agnès de 80 ans avant que les p(l)ages de sa vie finissent par s'en aller rejoindre le livre dans lequel se trouvent celles du Jacques, un Demy envolé il y a 20 ans déjà - soit le quart de la vie d'une Agnès toujours hantée par sa présence. Chaque fois que le Jacques est évoqué, chaque fois l'émotion pointe (courtes et intenses  images "d'archives"), mais Varda de toujours chercher à rebondir en évoquant par exemple ce couple uni depuis 45 ans : elle se dit "jalouse", forcément, mais l'on sent bien que le bonheur de ce couple l'égaie, l'illumine également d'une certaine façon.

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Même si les plus familiers avec la filmographie de Varda resteront un peu sur leur faim et ne découvriront finalement que peu de choses nouvelles quant à la vision, l'éclairage de la cinéaste sur ses propres oeuvres, il y a un immense plaisir à retrouver les figures et les voix de ce musée de la photographe-cinéaste, qui parvient à recréer, à réunir par ce film, une sorte de troupe hétérogène et foisonnante éternellement vivante  autour d'elle. Varda évoque tout de même certains de ses films et docus les moins connus, notamment ceux victimes de cuisants échecs commerciaux : loin de la laisser revancharde ou rancunière, elle en parle avec la même légèreté que ses autres créations, parvenant même, à partir des bandes des Créatures, à se construire une sorte de petit temple personnel qui pourrait symboliser également à la perfection - vue de l'extérieur - cette vie passée à essayer de communiquer sa petite lumière intime aux spectateurs par l'intermédiaire des images. Assemblage parfois de bric et de broc, c'est vrai, passant dans un même mouvement à cet attachement pour cette petite île qui prend des allures de jardin secret aux champs de pommes-de-terre, n'hésitant jamais à mettre en scène les séquences les plus incongrues, résultat "d'idées valises" qui font se côtoyer dans un même plan vie quotidienne ultra-réaliste et imagination débridée et saugrenue (le cirque sur la plage, la plage en plein Paris, l'Agnès débarquant dans la capitale dans sa barcasse ou campant dans le ventre d'une baleine) et à montrer son amour, simplement, pour les "gens", personnages parvenus au firmament de leur art (Jean Vilar, Chris Marker, Demy, Godard...) ou simple quidam qu'une passion - artistique, amoureuse,... - agite (le locataire de son ancienne baraque fana de miniatures de trains, entre autres...). Elle prend semble-t-il toujours le soin de montrer ces individus dans leur vérité nue sans jamais aucun voyeurisme mais avec toujours un véritable respect, au diapason de ces petits commentaires sans envolées lyriques et pleins d'une digne retenue. Portrait d'un chtit bout de femme à la coiffure champignonnesque qui finit par apparaître, malgré elle, comme une grande Dame de son temps, dans ses luttes, dans ses choix artistiques, dans ses voyages (de la Chine - petit plaisir perso - à Cuba) dans ses absences de compromis et dans son humilité à nous faire partager son regard toujours aiguisé sur les vaguelettes du temps qui passe, transformant chaque goutte en instant précieux. Unique. (Shang 11/03/10)

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Posté par Shangols à 08:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]



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