2m61mioAssayas est décidément très bon dans la simple chronique, dans le portrait de groupe, et je suis même pas loin de penser qu'il trouve encore plus de contemporanéité dans ses oeuvres-là que dans ses films "techno". Fin août, Début septembre est une petite merveille, pas encore débarrassé des tics formels du sieur hérités des années 90, mais parfait dans ce qu'il montre du rapport entre humains, et très moderne dans sa façon de regarder ces êtres.

Quatre ou cinq personnages, pas plus, simples gens d'aujourd'hui qui vivent, s'aiment, se chamaillent, se séparent. En tête de gondole, le grand Amalric, plus doux que jamais, vague petit gars mélancolique, en plein doute sur lui-même, qui aime mal des femmes qui l'aiment tout aussi mal : entre l'ex (Balibar, excellente dans son rôle certes habituel de sophistiquée allumée) et la nouvelle (la limite du film : Ledoyen, assez pénible, archétype de la chieuse contemporaine, dont on aurait aimé qu'Assayas la regarde avec moins de fascination naïve), le gars est brinqueballé, au rythme des petits battements de son coeur. Avec Amalric, le film gagne une discrète 2mélancolie qui émeut doucement, un rythme de sonate qui plonge infiniment dans la marche funèbre avec une élégance impeccable : c'est le vrai grand acteur français contemporain, aussi à l'aise dans les scènes physiques (le film est très tendu physiquement) que dans les dialogues millimétrés. Face à ce groupe, Cluzet est lui aussi ravageur, fantôme qui traverse le film avec une grâce magnifique.

Le film ne raconte rien d'autre que ça : comment on peut vivre (ou on ne peut pas vivre) ensemble. Comment on se regarde, on s'admire, on s'attire? Il y est question de sexe, de camaraderie, de fidélité à ses principes, de petites trahisons à soi-même. Pourtant, jamais Assayas ne s'enterre dans une petite historiette sans conséquence : souvent dur, le scénario montre une amertume qui marque des points dans son regard sur le couple, entre désabusement et espoir ; très rythmée, la mise en scène se permet quelques audaces de style qui fonctionnent souvent : les portraits de Ledoyen, caméra à l'épaule, qui brouillent complètement les cadres par cette virulence qu'il met à la décadrer, à la perdre pendant de longues secondes avant de la rattraper; ou ces dialogues plein cadre, qui évitent les champs contre-champs Fin_aout_debut_septembre_01bêtes et méchants en disposant les couples ensemble, ou en les recadrant sans cesse dans des mouvements très dynamiques de va-et-vient... La mort, la maladie, la désillusion, infiltrent doucement cette histoire qui sent déjà le désabusement depuis le départ, et les dernières bobines sont curieusement arides, avec cette image qui perd de ses couleurs, ces personnages qui semblent pâlir, se désincarner. Il restera jusqu'au bout cette apaisante lumière, mais on aura quand même traversé quelque chose comme le portrait d'une génération pendant près de deux heures, avec la modestie et la douceur d'un cinéaste qui ne se soustrait jamais devant son sujet. Grand petit film.