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Soderbergh n'en est plus à une expérimentation près, et nous voilà habitués à ses projets dits "légers". Cette fois, la vie comme si vous y étiez d'une Escort Girl qui a la particularité, attention, attention... d'avoir un compagnon qui est... qui est... prof de gym, ouais. Bienvenue dans le monde passionnant de la culture moderne; dès le départ on sent bien qu'il ne va pas être souvent question de philosophie même si escort girl, ben, c'est po si facile, tu vois, comme taff (regardez les gars des boys band, on se foutait de leur gueule et aujourd'hui ils tombent comme des mouches : épuisés...). Très rapidement, on comprend que l'escort girl n'est pas seulement dotée d'un physique infernal (Sasha Grey en string ça envoie quand même), c'est aussi quelqu'un qui est à l'écoute de ses clients; et comme ils passent leur temps, à ce moment-là, à parler de la crise financière, c'est super chiant mais il faut quand même garder le sourire - faire des galipettes ensuite, c'est presque du bonus. Notre escort est quelqu'un de sérieux puisqu'elle tient un journal de bord passionnant : elle y note les restos où elle se rend, les hôtel où elle baise, ce qu'elle porte (avec les marques, j'ai pris des notes). Voilà môssieur, c'est ça la littérature contemporaine (Bret Easton Ellis est vert). Accessoirement, elle a aussi un petit coeur qui bat et elle n'est pas à l'abri, elle-même, de chercher à se confier après un gros problème (un gros con de critique de Shangols filière "fille de joie" (je prépare ma mutation) la saute pour faire une revue sur elle pour un site spécialisé et pointu - la critique est super méchante : genre "la fille, elle sait rien faire"): comme un gars l'écoute enfin, elle ne peut s'empêcher de tomber amoureuse, chacun ses faiblesses, clair. Son petit copain est écoeuré mais elle tombera à son tour de haut. Bien, c'est tout ? Ah oui, c'est pas plus instructif - et aussi rapide - qu'une passe même si dans la forme, Soderbergh sort la lingerie lourde, pardon, fait un effort : le film est totalement déconstruit, la trame s'éclaire par petites bribes (j'ai compté 3456 flashs-back ou flashs-forward, c'est selon), comme les pièces d'un puzzle qui s'assemblent petit à petit (c'est pas d'une complexité terrible non plus) et qui finiraient par représenter... ben, pas grand-chose si ce n'est une petite portion de notre monde artificiel. Fi de tout intellectualisme ou de réelle réflexion sur le désir, juste une tentative expérimentale surfant sur les pauvres états d'âmes d'une fille belle en diable mais qui n'a pas inventé la poudre de riz (comme dirait le journaliste, "tu fais ce métier parce que tu es belle mais...", bravo ! Oui sinon elle ferait femme de ménage, c'est ça...). Joliment construit mais assez vain, quand même. Moderne donc.   (Shang - 13/10/09)

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Ah, je serai moins sévère que mon camarade pour le coup : The Girlfriend Experience est en effet un film moderne qui emprunte beaucoup à Easton Ellis... mais ça m'a semblé être une putain de bonne qualité. Soderbergh est de son temps, et comme on ne peut pas toujours se taper des Ford muets, acceptons avec bonheur cette expérimentale incursion dans le monde futil du fric et du sexe. D'autant que le cinéaste réussit vraiment à toucher quelque chose de réellement contemporain, dans cette construction éclatée du récit, dans cette mise en scène de papier glacé, clinquante et très belle dans la froideur : c'est bien simple, la caméra est systématiquement là où on ne l'attend pas, déclinant toute une gamme de flous, hors-champ, mise à plat distancée des scènes (y compris les plus intimes), déjouant avec méthode les attentes de notre regard. Ca pourrait être faiseur (et ça l'est parfois, ne nous voilons pas la face, c'est quand même Soderbergh à la réalisation) : c'est simplement juste, une méthode pleine de tics pour parler d'un monde artificiel, superficiel et élégant. Chaque scène semble sortie d'un magazine de mode, mais comme c'est le sujet-même du film (le corps, l'érotisme, les rapports amoureux considérés comme des valeurs marchandes), on applaudit.

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Il se dégage de tout ça une tristesse vaine, la même, oui, qu'on trouve dans Glamorama de Easton Ellis. Malgré le clinquant, malgré la beauté "à tout prix" des plans, on sent derrière tout ça un désabusement amer, un renoncement très touchant de la part de Soderbergh. Entre deux feux d'artifice (la veine Ocean's, la brillance des stars), il est troublant de le voir livrer cet "autoportrait en pute de luxe" qui pourrait bien être son film le plus sincère depuis longtemps. Car ses personnages ne trompent personne : il n'est pas vraiment question ici d'escort girl ou d'érotisme standardisé, mais bel et bien du mea-culpa d'un cinéaste tape-à-l'oeil qui se cherche comme jamais. Qui êtes-vous vraiment, ne cesse-t-on de demander à Sasha Grey, et on ne peut s'empêcher de renvoyer la question à Soderbergh lui-même. Comme la pute, il navigue depuis 20 ans de cocktails colorés en films trop produits, de poses arty en expérimentations floues, se vendant au public le plus offrant : cette fois, il en a marre, et le dit. Au milieu de ce monde de strass assez effrayant (les gonzes qui discutent fric dans un avion privé), il dissémine subtilement quelques traces d'humain qui montrent bien sa douleur. Dépressif mais pudique, The Girlfriend Experience est un film 100% Soderbergh (la mise en scène sophistiquée, le faux sujet tendance), mais qui cache sous ses fusées de feux d'artifice une vraie interrogation d'artiste. Dommage que le film soit si inégal (l'actrice est assez mauvaise, les dialogues un peu redondants) ; mais malgré ça, on trouve là-dedans de l'Humain, du beau du vrai.   (Gols - 21/02/10)

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