09 février 2010

Invictus (2009) de Clint Eastwood

invictus_deastwood_videos_L_1

C'est le début de l'année, alors autant la jouer en toute franchise : Invictus m'a laissé totalement sur la touche, pour ne pas dire hors-jeu... Les deux lignes qui se trouvent sur l'affiche résument le film de façon apparemment simpliste, et pourtant on n'y trouvera po grand chose de plus : Nelson Mandela est un homme terriblement bon qui comprend rapidos qu'il serait un peu con de faire à son tour de la ségrégation : il garde les blancs qui le souhaitent, pour bosser avec lui dans son grand bureau présidentiel, joue la carte de la mixité au sein de son équipe de gardes du corps (et si un garde du corps, blanc ou noir, devient tolérant, on comprend invictus_deastwood_videos_L_2aisément que le plus dur est fait) et souhaite rallier le pays tout entier derrière l'équipe de rugby - symbole des afrikaaners (quatorze blanc, un noir, oups) - lors de l'organisation de la coupe du monde de rugby sur ses terres. Il compte pour ce faire sur le soutien du capitaine de cette équipe, Matt Damon (ouille, toute blondinette), afrikaaner pure souche (l'ami Gols serre des poings, il va falloir qu'il se tape au moins quatre matches de rugby)... Le mot clé du concept c'est "inspiring" avé l'accent afrikaaner  justement mattdamonmorganfreemanisée (en gros afffrrrrrikkkkkanneerrrr): le président, inspiré lui même par un joli poème, qui inspire un homme (Matt) qui inspire un esprit d'équipe qui inspire tout un pays... mon Dieu comme la vie est simple et bien faite... Même les méchants flics blancs finiront par sympathiser avec un ptit gars noir dans les rues sud-africaines à l'heure de la victoire - on attend fébrilement Invictus II sur l'équipe de France version 1998 avec Jacques Chirac (Frank Dubosc) et Zinedine Zidane (Djamel)... Bon, ok, je déconne un peu, mais faut reconnaître que le film ne m'a pas vraiment inspiré grand-chose. Partout où le gars Mandela passe, il rend d'un coup de baguette magique les gens bons, cool, ouverts, sympathoches et une fois que ça c'est fait et que le clou est bien enfoncé (oulalala l'arrivée en hélico du Nelson sur une musique à deux balles pour rendre visite aux Springboks à l'entraînement, rugbymen qu'il connaît tous par leur petit nom, blurp), on fait péter la reconstitution des matchs avec moult chocs et effets sonores terriblement dopés (on se fracasse souvent la tête sur le terrain mais au coup de sifflet final tout le monde, couvert de bleus, redevient potes, c'est beau le sport quand même...) jusqu'à la finale entre l'Afrique du Sud et les Neo-Zélandais (avec un clone de Lomu...) qui dure des plombes... Eastwood sait y faire pour servir quelques "beaux moments émouvants" pleins de musique inspiring - l'équipe de rugby sud-af qui vient jouer avec de ptits gars noirs, la foule mixte qui scande "Nelson" lors de la finale... -, rien à dire le gars a po perdu la main dans le mélo qui fait poindre de petites larmes (si on est en forme) mais c'est tout de même diablement facile... Bref, encore plus déçu qu'après la vision de Changeling, c'est dire. Je botte en touche et attends le prochain dans six mois, Eastwood filmant dorénavant plus vite que son ombre.   (Shang - 01/01/10)

invictus_clint_eastwood_452x310


Eh oui, encore une fois, inlassablement, Eastwood se plante complètement dès qu'il s'agit d'avoir un discours un tant soit peu politique. Je ressors du film profondément agacé. Pas par le savoir-faire du gars, bien sûr, qui sait effectivement faire du film, aucun doute. Les scènes de mélodrame, le rythme du film, la façon simple et droite de raconter, le jeu parfait de Morgan Freeman, l'attention portée aux personnages secondaires (même interprétés d'un bloc, c'est LE gros défaut d'Eastwood, les seconds rôles), tout ça fait son petit effet, et on ne va quand même pas reprocher à Clint sa mise en scène. C'est du vrai travail de pro, modeste et sentimental, complètement au service de son histoire, sans esbroufe : ses champs/contre-champs sont même d'une suprême élégance dans les tout petits mouvements de caméra qui se répondent de plan à plan, et la dernière partie alterne avec un vrai talent les cadres sur le match et ceux sur la foule qui y assiste. C'est classique, certes, voire académique, mais c'est également impeccable, irréprochable dans les tempos, et on se dit que Clint sait diablement bien faire monter l'émotion, même s'il utilise pour ce faire des moyens dignes de Caterpillar (le ballon de rugby qui passe de joueur en joueur au ralenti avec des wooosh sonores, peut-être qu'il en faut pas plus, là, quand même).

INVICTUS_20PHOTO3

Mais dans le fond, le film, comme à chaque fois que Clint veut faire son exercice de tolérance, vire dans une sorte d'oecuménisme centriste consensuel qui gave cette fois plus que de raison. Ca devrait pourtant être le rôle du cinéma de mettre en doute les idées établies. Mais non, Invictus, c'est un "black-blanc-beurisme" premier degré qui évite complètement ce qui fâche pour déifier la Victoire, le Sportif, l'Effort. On se croirait dans une philosophie à la Nike : peu importe que Mandela rencontre partout le racisme et la ségrégation, ce qui compte, c'est de gagner le match de rugby, afin que tous, blacks et blancs, jeunes et vieux, petits voyous et flics, se serrent dans les bras avec un bel ensemble. Clint bêle avec le troupeau, et ne nuance jamais cette fragile solidarité qu'induit la victoire sportive. On aurait aimé qu'il nous montre l'après-match, ce moment où le peuple bigarré qui a fait la fête ensemble retourne à ses atavismes haineux (10 ans après la victoire de la France en 1998 : Eric Besson) ; mais il coupe soigneusement au moment de la liesse, nous laissant croire que la politique de Mandela se résume à une pénalité marquée entre deux poteaux. C'est non seulement court, mais mensonger, et très irrespectueux envers la philosophie de Mandela.

19195281_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20091106_040420

L'important, c'est la victoire, c'est de vaincre l'ennemi (ces plans qui montrent l'hymne néo-zélandais à peine sussurré par les joueurs, puis celui de l'Afrique du Sud repris par tous les spectateurs, au secours). On sent bien que si les Springboks avaient perdu leur match, Eastwood n'aurait pas jugé digne de les filmer, comme on sent que si Mandela n'avait pas fait de prison, il n'aurait pas eu l'idée d'en faire une icône sans nuance. L'idéologie primaire du sport (gagner si on veut être digne) sert ici de sine qua non de l'émotion. Sans recul, sans intelligence, Clint livre son film le plus douteux ; en voulant être tolérant, il ne fait que relayer une pensée poujadiste qui fait bien des ravages dans le monde. Croire que Mandela a révolutionné l'Histoire avec un poème et une victoire en finale de coupe du Monde, ça laisse songeur. Invictus, c'est le retour des Dieux du Stade, agrémenté d'une pensée commune béate et bête. A quand le calendrier ?   (Gols - 09/02/10)

invictus_freeman

Posté par Shangols à 20:41 - - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Invictus (2009) de Clint Eastwood

invictus

Tout à fait d'accord sur Invictus, que j'ai vu en avant-première hier (moins d'accord sur L'échange, que j'aime beaucoup). Je poste ma critique dans le lien ci-dessus, même si elle dit en gros la même chose que la votre - mais avec moins de style
a+

Posté par nicomyers, 07 janvier 2010 à 19:15
"re"

http://myplanity.centerblog.net/6582377-invictus-clint-eastwood-2009

Posté par nicomyers, 07 janvier 2010 à 19:17
Moi je n'ai pas vu le film

A vrai dire, j'admire beaucoup Clint Eastwood acteur, et pas mal également le Clint Eastwood réalisateur même si j'ai un peu de mal avec ses films à l'eau de rose ou tout au moins ceux qui veulent me faire pleurer. Pas aimé "la route de Madison", pas aimé "Mystic River", me suis quand même laissé un peu avoir par "Million $ baby".
Mais bon, c'est un homme de cinéma, tu parles ça fait 60 ans qu'il en fait presque. Il sait réaliser et, pour moi, son chef d'oeuvre restera "Impitoyable".

Mais moi, j'ai une question à laquelle personne ne m'a encore répondu sur "Invictus" : Qui joue le rôle d'Abdelatif Benazzi, le joueur de l'équipe de France dont l'arbitre refuse l'essai en demi-finale face à l'Afrique du sud, refus sans lequel l'Afrique n'aurait jamais été en finale de la coupe du monde ?

Posté par Hara Kiri, 10 février 2010 à 00:00
Problemus Evitus

Oh, je te vois venir, Hara Kiri : toi, tu aurais voulu que Eastwood parle des dessous glauques du sport, de la tricherie, du nationalisme exacerbé, etc., qu'il mette un peu de critique dans le spectacle. Nan : Invictus c'est la déification du sport, le monde des Bisounours adapté au rugby. Tu voudrais quand même pas que les dieux du stade aient des taches sur leurs barbes, non?

Posté par Gols, 10 février 2010 à 08:45
Disons

Qu'il est clair que l'Afrique du sud devait gagner cette coupe du monde et que peut-être a-t-elle été aidée un petit peu (3 essais refusés aux français), mais loin de tout cela, la question était juste de savoir si le film s'attarde un peu sur le match contre l'équipe de France et donc de savoir si les acteurs ressemblaient un peu aux joueurs et notamment à N'Tamack (le seul joueur noir de l'équipe de France à cette époque) et Abdelatiff Benazzi (le seul joueur marocain de l'équipe de France de l'époque).

Ensuite, ba, il est vrai que la victoire de l'équipe d'Afrique du Sud, dans ce contexte, était une belle image dont tout le monde ne pouvait que se féliciter. Qu'elle incidence a-t-elle eu sur le pays ??? Je ne sais pas trop. Sur l'instant, probablement un rapprochement, mais après ????

Posté par Hara Kiri, 10 février 2010 à 15:43
Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=110219&pid=16349964

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :