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Sans doute moins explosif que Burn after reading -dans la comédie- ou que, définitivement, No Country for old Men - au niveau de l'action -, A serious Man se rapprocherait plus du rythme coolos d'un Fargo, voire même de Barton Fink, bien que cela fasse un bail que je ne l'ai pas vu (une petite séance de rattrapage avec Miller's Crossing ne ferait pas de mal). Les Coen s'attaquent mine de rien à un sujet qui mérite un poil de réflexion : la vie a-t-elle un sens ? Connaissant la causticité des deux larrons, cela donne lieu à une foule de petites vignettes plus ou moins délirantes, même si le mot est un peu fort : des situations burlesques, des rêves marquants et absurdes, des incidents dramatiques voire tragiques, c'est le quotidien de notre héros Larry Gopnik, professeur de maths, qui se trouve véritablement victime de la loi de Murphy : quand tout va mal, cela ne peut être que pire... Mais le bout du tunnel n'est peut-être pas si loin, hein, peut-être un simple acte peut changer totalement le cours d'une vie... ou non... et puis de quel tunnel parle-t-on ? Je vous sens tout à coup un peu perplexe : ben c'est justement le but.

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Une histoire juive, serait-on presque tenté de dire, puisqu'à l'exception d'un voisin goy complètement starbé - ce qui me fait penser justement à un passage d'Opération Shylock de Roth dont je suis en pleine lecture (eh oui, il y a d'étranges coïncidence parfois... Pour Gols c'est la sodomie... mais je le rassure ce film pourrait aussi faire partie de son cycle vu que le terme est également employé ici une fois...) - et d'une anecdote concernant un patient goy chez le dentiste (qui ferait presque penser dans le grand n'importe quoi à l'histoire de la montre dans Pulp Fiction...), tout le reste de la distribution se situe dans ce milieu (on pourrait d'ailleurs, au passage, faire un lien avec Crimes and Misdemeanors du gars Woody, mais arrêtons-là nos digressions). Notre tranquille prof de math, Larry donc, va voir sa vie se désagréger peu à peu sans qu'il soit capable de comprendre réellement ce qu'il a fait pour mériter ça et surtout comment réagir. Ca commence avec un étudiant sud coréen, auquel il n'a pas donné son exam, qui laisse sur son bureau une petite enveloppe bien fournie en billets. Larry est comme interloqué mais il n'est qu'au début de ses surprises tant tout part en quéquette dans son entourage : sa femme demande le divorce, comme ça, de but en blanc - il n'a absolument rien vu venir -, son frère Arthur (l'excellent Richard Kind), vieux garçon renfermé qui squatte chez lui et dont on ne sait s'il s'agit d'un vrai génie ou d'un réel malade, s'attire quelques problèmes avec la police, et puis il y aussi les menaces de chantage, la tension au taff à cause de lettres anonymes, les problèmes de thune... et une foule de petits incidents divers qui vont venir bouleverser sa vie... Ne sachant plus à quel saint se vouer (et ce sans même évoquer les seins de sa voisine, terrible femme fatale), entouré de conseils d'hommes de loi et de rabbins (trois épisodes inénarrables que les Coen introduisent avec une musique glaçante et poilante), Larry, au bord de l'abîme (la séquence sur le toit...) assiste, impuissant, à son petit monde qui se délite grave. On est constamment entre le petit rire grinçant et l'attente d'un coup de théâtre, et les Coen ont vraiment un don pour nous laisser constamment sur la corde raide, le spectateur ne sachant jamais vraiment ce qui pourrait advenir dans la scène suivante...

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Le film n'est peut-être pas totalement jouissif de bout en bout, mais nous tient sous son charme avec ces multiples questionnements ontologiques qui restent en suspend, et surtout grâce à toute une galerie de personnages extravagants : ma préférence va au nouvel amant de sa femme à la voix doucereuse qui hypnotise carrément notre pauvre Larry, qui ne cesse de le prendre dans ses bras comme une peluche, l'enfonçant finalement toujours un peu plus dans sa détresse morale... On pourrait également, outre l'oncle Arthur, les trois rabbins et la voisine déjà cités, évoquer le directeur d'école tout plein d'une condescendance à double tranchant, son fils plus préoccupé par la marijuana que par sa bar-mitzvah (tiens, ça rime), sa fille qui passe sa vie à vouloir se laver les cheveux, le père de l'étudiant coréen... Comme dans Burn after Reading - sans avoir recours à de grandes stars du cinoche mais des seconds couteaux pêchus -, on sent que les Coen s'éclatent véritablement au niveau du casting. On quitte le film avec peut-être guère plus de réponses qu'au départ (...), mais avec encore moins l'envie de prendre la vie au sérieux. Et c'est déjà énorme.  (Shang - 14/01/10)

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Absolument. L'impression d'une longue ballade dans l'humour juif, avec ce que ça comporte de subtilités et décalages hilarants. Je me permettrais même de préférer cet opus coenien à Burn After Reading, qui était certes jouissif mais beaucoup moins fin que ce petit film inclassable. Ce n'est presque jamais directement drôle, les gags ne sont vraiment pas légion, et pourtant on reste dans un ton doucement humoristique de bout en bout, sans arriver à mettre réellement le doigt sur ce qui est drôle là-dedans. A l'image de la scène d'introduction, placée là juste pour le plaisir de la blague, l'humour de A Serious Man tourne beaucoup autour de la mort, de la maladie, de la dépression, de la difficulté de vivre : c'est super-noir, sans portes de sortie, et pourtant le film reste lumineux.

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C'est que les personnages, certes caricaturaux, sont vraiment bien dessinés. On sent la part de fiel autoiographique que les Coen Brothers ont insufflé là-dedans, et ça s'apprente peu à peu à un règlement de comptes assez frontal contre cette fameuse éducation juive sclérosante (bien que forte en couleurs) : rabbins, mères dominatrices, palabres à l'infini, cérémonies sans but, toute la panoplie du parfait petit Juif est disséquée au scalpel, sans appel. La solidarité entre "élus" apparaît comme une prison, et notre héros, qui voudrait bien être un "homme sérieux", un Juif respectueux des traditions, se heurte au mur de siècles de traditions qui enterrent toutes ses tentatives de comprendre sa vie. Bien sûr qu'on pense à Woody Allen dans ces longues scènes de dialogues minimalistes, constituées plus de silences et de postures que de mots, mais qui savent toujours placer des minuscules éléments hilarants à bon escient. Les acteurs font beaucoup pour ça : les dizaines de seconds rôles sont parfaits (ma préférence également pour ce collègue de bureau qui balance sur tout le monde tout en se défendant de le faire) ; mais la mise en scène sophistiquée et surprenante des Coen y est aussi pour quelque chose. Effectivement, chaque nouvelle séquence surprend, voire bouscule (le tout dernier plan, mystérieux et déclencheur d'imagination en plein), et le montage est très élégant : deux accidents de voiture filmés en parallèle et coupés juste avant leur terme, une façon d'alterner au début les aventures du héros et celles de son fils, des décrochages sutils lors des visites aux différents rabbins... sans parler de ces tout petits gags indicibles qui montrent un sérieux goût pour l'absurde (l'épouse qui exige un "Gett" sans que personne ne sache ce que c'est).

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Tout comme mon collègue Shang, je finirai en disant qu'il s'agit d'un petit film sans vraie ambition, mais j'en ressors bien content ma foi.   (Gols - 04/02/10)