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Voilà un premier long métrage très esthétisé - presque trop, si on voulait faire la fine bouche, mais faut reconnaître aussi que ces images jaunes-orangées ont un certain cachet - qui narre sans avoir trop l'air d'y toucher les angoisses et les espoirs d'une chtite bande d'ados en majeure partie blacks; décors de chemins de fer bien décati, jeunes ouvriers qui traînent leur guêtres, une petite ville de Caroline du Nord aux allures bien tranquilles... trop tranquilles. Le cinéaste suit donc une bande de gamins entre flirts avortés (le pauvre Buddy avec ses petites lunettes à la Spike Lee et la charmante Nasia : elle a douze ans, il en a treize, mais elle le trouve po assez mature, grand Dieu !), amitiés qui se nouent et petits jeux entre amis, justement, qui dérapent (et c'est le drame, gasp). Chaque personnage fait preuve d'une vraie densité (Buddy et son vague à l'âme, Sanya jusqu'auboutiste dans ses choix, George qui s'imagine en héros mais touche moralement le fond (petit insert sur son père, vers la fin, assez bien venu), une gamine blonde comme une ado d'un film de Gus Van Sant, Sonya, toute introvertie en matière de sentiment mais plutôt intrépide quand il s'agit de se faire la malle avec le nonchalant Vernon...)

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Ces personnages se croisent sous cette lumière jaunasse avec chacun leur petit poids du destin en main; George est l'élément central du récit, jeune gamin qui s'est entiché d'un chien errant malgré les menaces de son oncle (pas le personnage le plus attachant du film...), et vit constamment avec un casque de football américain sur la tronche pour avoir le crâne fragile : grandeur et désillusion de notre George capable aussi bien d'être à l'origine d'un malencontreux accident que de jouer au héros en sauvant un rouquin de la noyade... On ne sait jamais trop ce que Green veut vraiment nous démontrer mais il parvient avec une vraie sensibilité à capter les états d'âmes, les inquiétudes, les doutes de cette période transitoire entre toutes. Par petites vignettes léchées, en laissant filtrer juste quelques mots de dialogue ou à l'aide d'une voix off discrète, Green parvient à nous faire toucher du doigt ces trajectoires "d'adultes en devenir" - sans stéréotypes et avec une vraie empathie pour ces jeunes personnages. Bien vu et relativement convaincant dans le genre.

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