"Je ne fais pas partie de la société des hommes. Tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour les femmes. Parce que j'aime les regarder, les toucher, les respirer, jouir d'elles et les faire jouir. Les femmes sont magiques, Monsieur Lablache. Alors je suis devenu magicien"...

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Eh oui, tout est dit, semble-t-il, et ces ultimes paroles résonnent forcément comme une ultime confession du maître non point chanteur mais metteur en scène la Truffe. Sans doute l'oeuvre la plus hitchcockienne du cinéaste, avec l'histoire de ce faux coupable devant se cacher, sa secrétaire assumant l'essentiel de l'enquête n'ayant, malgré leur antagonisme, d'yeux que pour lui. Une histoire forcément d'amour qui prend le pas sur l'enquête policière, même si cette dernière met en scène une belle galerie de portraits : un chasseur qui se fait tirer dessus à bout portant (seconde séquence, après celle en ouverture de la Dame au petit chien, Fanny, qui marque les esprits), des coups de fil anonyme forcément menaçants, un second cadavre frappé de plein fouet au front, un quidam (Jean-Pierre Kalfon) pas très catholique, en apparence, une caissière de cinéma qui semble détenir de troublants secrets, des prostituées qui battent le trottoir et défendent leur territoire, un mac qui se fait mater... Mais on reste surtout subjugué par la silhouette ardantesque plus féline que jamais et comme Trintignant, enfermé malgré lui mais pas malheureux pour autant, on passerait bien sa vie à regarder ses jambes passer et repasser devant le soupirail (véritable petite lucarne où sont "projetés" tous les fantasmes féminins truffaldiens). Un film aussi tendu en érotisme que peut l'être un bas sur une jambe galbée, avec notamment cette scène, au début, où la femme de Trintignant, pour retenir son mari dans les rets conjugaux, se contente simplement de croiser et décroiser les jambes sur son fauteuil... (Bon, c'est suivi d'un terrible faux raccord (un bas filé?) mais passons).

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Trintignant et Ardant bénéficient tous les deux d'un timbre de voix extraordinaire qui semble les destiner à être au diapason (on est d'ailleurs servi en terme de tessiture avec les participations à cette "chorale" (petit clin d'oeil à la séquence finale) policière de Jean-Pierre Kalfon et Philippe Laudenbach... C'est également grâce à la reconnaissance d'une voix au téléphone que nos deux associés font progresser leur enquête, sans parler du fond sonore des courses hippiques qui les mettent sur une piste). Un magnifique couple de cinéma (ce premier baiser échangé sous prétexte de se cacher des policiers - un truc piqué "au cinéma" dixit Fanny) qu'on ne se lasse jamais de voir et de revoir. Beaucoup aimé comme toujours cette façon de placer de petites expressions populaires à tout bout de champ : on sent la patte de Truffaut au niveau des dialogues qui se plaît à multiplier ces formules toutes faites ("il faudrait accorder vos violons"... des trucs qu'on entend plus) ou a servir de micros dialogues à la fois terriblement banales et amusants (Jean-Louis et Fanny prenant leur café "bien chaud")...

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Quelques personnages au passage qui n'ont absolument aucun rapport avec le fil de l'histoire, mais dont la présence apporte toujours une petite touche réaliste ou rigolote (cet Albanais qui demande l'asile politique dans un commissariat à onze heures du soir à une époque (lointaine) pré-ericbessonienne, ce type dans l'ascenseur qui fait tomber de sa poche un soutien-gorge, cette toiletteuse pour chiens en face de l'agence...) et cette impression absolument incroyable de légèreté qui plane sur tout le film malgré un fond très noir... C'est le gars Almendros qui est responsable de ce noir et blanc absolument somptueux (et Dieu sait qu'en 83, Truffaut était bien l'un des seuls à oser l'absence de couleur), et comme Delerue est loin d'être un manche pour composer une partition musicale aux accents herrmanniens, on se régale de bout en bout à tous les niveaux du jeu... Vivement le prochain Truffaut, puisqu'on est capable de revoir ses films en boucle (si ce n'est peut-être La Peau douce mais ma dernière vision commence à dater... Dont acte)

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