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Kenji Misumi (futur réalisateur des Baby-Cart) est derrière la caméra, et franchement c'est un délice de voir à quel point chaque plan est finement pensé, Misumi ayant vraiment l'art d'utiliser le format scope : je passe sur ce plan incroyable (photogramme ci-dessus) de Zatoichi au pied d'un arbre - suivi bien entendu dans la foulée d'un changement d'axe à 90 degrés - pour souligner la façon dont chaque gros plan (sur un objet, un visage), chaque plan d'ensemble (Zatoichi traçant sa route), chaque composition des plans-séquences (lors d'un combat - léger travelling -, lors d'une poursuite - subtil zoom arrière) sont un régal - magnifique cadre dans le cadre, aussi, au passage, lors d'une rencontre entre Zatoichi et le samouraï félon, ou lorsque l'ombre chinoise de Zatoichi (turlupiné par sa conscience) apparaît derrière Osode... Bref, techniquement c'est du lourd. Quant à l'ambiance, elle est, comment dire, toute en finesse, relativement "tranquille", Zatoichi se morfondant pendant tout l'épisode d'avoir tué un type pour obéir "au code des yakuzas" (un type qui n'avait pas payé ses dettes et qui a été, en fait, victime d'un traquenard). Pour tenter de réparer sa faute, il va se faire un devoir de protéger la soeur du type dont il est l'assassin, Osode (Yoshiko Mita, belle créature d'albâtre) : elle se retrouve poursuivie par un samouraï (excellent Makoto Satô) mais aussi par une troupe de yakuzas : ceux-ci obéissent aux ordres d'un parrain qui souhaite la voir finir dans un bordel pour son petit plaisir perso...

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Un fruit s'explose par terre alors qu'il passe auprès d'un arbre : Zatoichi annonce qu'un homme va mourir. Le ton est donné pour cet épisode savamment dosé, les petites points de comédie caustique côtoyant des événements plus tragiques. Zatoichi ne tarde pas à comprendre que l'homme qu'il a tué a été manipulé, le parrain de cette mission cherchant surtout à récupérer sa soeur, Osode. Cette dernière va vouloir, dans un premier temps se venger en tuant Zatoichi - superbe séquence dans cette chambre qu'il se partage : un simple drap les sépare, chaque personnage dans sa "case" (Osode toute à sa vengeance, Zatoichi tout à ses remords); rapidement, elle va se rendre compte qu'elle s'est trompée d'ennemi, et Zatoichi d'être toujours au taquet pour venir la sauver contre ses ravisseurs... Plus d'une fois, il va se retrouver dans des situations assez fendardes (Zatoichi dégommant toutes les cibles avec une balle lors d'une fête foraine pour épater Osode; Zatoichi  enfermé dans un tapis comme un "ballot" après avoir tenté de truander au jeu et sautillant comiquement pour s'échapper; Zatoichi faisant du cheval pour retrouver la trace de sa belle et se gaufrant pour s'arrêter...).

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Misumi exploite également l'extraordinaire sens de l'ouïe de notre homme, capable de se battre comme personne dans le noir (le cinéaste ira jusqu'à le mettre en scène de façon très théâtrale avec cette "poursuite" (un spot de lumière dans la nuit) qui suit notre homme se défaisant de tous ses ennemis) et pouvant reconnaître et suivre n'importe quel pas qui foule le gravier ou un tapis de feuilles... Cette capacité à suivre les mouvements de ses adversaire uniquement par l'écoute n'est certes pas sans risque : Zatoichi sera fortement en danger lors de l'ultime combat, les tambours du titre se mettant à frapper à quelques mètres du combat et faisant perdre à notre homme tout sens de l'orientation.

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Lors des combats, le masseur aveugle fait toujours preuve d'une efficacité rare, mais Misumi joue plus sur les "postures artistiques" de son héros (Zatoichi à l'affut, la canne prête à l'emploi) que sur les effusions sanglantes - tout de même deux doigts qu'il sectionnera et finiront bêtement leur course dans la neige... mais le gars l'avait vraiment cherché. On sent que Misumi et Shintaro Katsu font parfaitement la paire (ils se retrouveront pour le premier épisode d'Hanzo the Razor), une entente parfaite que Misumi aura également avec le propre frère de Shintaro, Tomisaburo Wakayama dans les Baby-Cart. Zatoichi finira forcément comme d'hab par abandonner cette femme à son sort, une fois le danger écarté, la nuit de ses remords prenant fin avec le lever du soleil : une conclusion toute aussi stylisée qui clôt impeccablement cet épisode de Zatoichi, sans aucun doute l'un des plus bluffants cinématographiquement parlant... Oui, c'est frappant.   

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