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Voilà un bon petit polar hongkongais de derrière les fagots qui surfe avec délice sur la théorie du/des complot(s). Soi Cheang règle aux petits oignons sa réalisation, chaque gros plan pouvant s'avérer être un indice, une indication - ou non - dans cette jungle urbaine hongkongaise machiavélique qui semble se retourner contre ses habitants - simple fruit du hasard ou brillante mise en scène d'assassins d'un nouveau genre qui croient encore au meurtre parfait...? Montage au taquet et surtout jeu impeccable sur l'ambiance sonore avec laquelle le cinéaste sait jouer sur nos nerfs : un camion qui passe subitement, bruyamment, n'a pas forcément d'incidence sur l'histoire, alors qu'une simple petite goutte d'eau qu'on entend clapoter peut avoir des conséquences funestes... Une première partie réglée comme du papier à musique avec sa sombre petite mélodie meurtrière; une seconde, sans doute moins impressionnante mais tout aussi haletante au niveau du suspense, où l'on tente, avec le principal personnage, de démêler l'écheveau d'une conspiration a priori beaucoup plus complexe... L'assassin pris lui-même dans le tourbillon, l'oeil du cyclone du meurtre... Assez vertigineux.

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Un cerveau (Louis Koo, guère expressif, reconnaissons-le, genre le beau gosse qui desserre jamais la mâchoire...), un bon vieux gros (Suet Lam apprécié entre autre chez Johnny To, producteur du film), une donzelle finaude (Michelle Ye, bon) et un vieux gars qui commence à bugger (Shui-Fan Fung, une centaine de films au compteur) composent cette petite équipe efficace : leur taff, maquiller un meurtre en accident, et à ce petit jeu-là, il faut savoir faire preuve de créativité. Rien ne doit être laissé au hasard, po même un mégot qui traîne sur la chaussée... Et c'est justement l'une des boulettes - sans incidence - du vieux lors de l'exécution impressionnante du dernier contrat. Perd-il la boule, est-ce un leurre... Rapidement toutes les certitudes de cette équipe rodée vont voler en éclat : l'un d'eux est-lui même victime d'un accident, le "cerveau" se fait cambrioler... Pour ce dernier, il n'y a point de hasard et il va, en solo - on peut faire confiance à personne, c'est bien connu - tenter d'y voir plus clair : multiplication d'observations par le petit bout de sa lorgnette, mises sur écoute coppolo-antonionesques, déduction et échafaudage de plans qui feraient passer Michael Scofield pour un petit écolier - ceux qui fondent bêtement dans de l'eau tiède.

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Forcément, la mise en adéquation entre le fond et la forme est évidente, et Soi Cheang ne laisse pas le moindre au plan au hasard. C'est sûrement plus impressionnant au niveau du montage des séquences qu'au niveau de la direction d'acteurs notamment, avouons-le; cette petite mécanique scénaristique demeure tout de même assez jouissive dans la mesure où l'on suit pas à pas la progression de ce héros - sans jamais en savoir plus ni en savoir moins que lui -, un cerveau "bouillonnant" qui semble être tombé sur plus fort que lui... Miroir mon beau miroir dis-moi... nan, je dirai rien. Sans esbroufe, ni démesure, un petit polar urbain H-K pur jus qui ne prend pas son spectateur pour un imbécile et c'est toujours bon à prendre - pas un chef- d'oeuvre, non, mais ça faisait longtemps, dans le genre, qu'on ne s'était pas autant pris au jeu...   

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