Ford mélange un peu les genres pour raconter le destin de Frank "Spig" Wead incarné par ce roublard de John Wayne : aviateur, écrivain, puis militaire, une vie certes remplie pour notre homme même si c'est peut-être, finalement, les passages avec sa femme, la flamboyante rouquine Maureen O'Hara, qui sont les plus réussis dans ce film essentiellement de... "men between themselves" - pour tenter de varier notre formule fordienne passe-partout. Un peu d'action, une pointe de tragique, une sauce épicée au courage, deux gousses de romance, le tout arrosé d'un final post Pearl Harbor plein de bravoure... On ne peut pas dire qu'on en a pas pour notre argent, même si ces multiples changements de tableau, sans trop affaiblir la colonne vertébrale de l'ensemble, finissent par manquer un peu de liant, ou disons de punch, au final.

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Ca démarre pourtant sur les chapeaux de roue avec une entrée presque digne de James Bond, avec quelques cascades aériennes qui marquent des points : John Wayne fait le mariole en s'improvisant pilote, et vas-y que je rase l'eau et multiplie les rase-mottes spectaculaires - au dessus d'une voiture, d'un train... -, que je traverse en volant un hangar - un des cascadeurs au sol a dû perdre des cheveux m'est avis -, et que je finisse par atterrir triomphalement dans une piscine au milieu d'une garden-party. John est un type qui en a, pugnace, et qui, une fois au sol, ne va jamais se démonter face aux responsables de tout crin (haut gradés et politiques) pour obtenir ce que bon lui semble. On fait la connaissance avec sa femme pleine de tempérament, la divine Maureen, et on enchaîne sans avoir vu venir le coup avec le drame : leur bébé qui meurt de fièvre... Une épreuve à surmonter pour notre jeune couple, ce ne sera pas la dernière, que l'on retrouve quelques années plus tard avec deux bambines : c'est po le genre, dans la famille, de baisser les bras face au destin. On attaque ensuite la partie "mâle" avec son petit lot de bastons entre la Marine, les hommes du John, et l'Armée de Terre.

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John, qui a quelque peu tendance à délaisser femme et enfants, monte rapidement en grade avant d'être victime d'un accident des plus couillons : une chute dans l'escalier qui va lui bousiller la colonne... Allongé pendant des mois et des mois sans pouvoir bouger, les chances de rétablissement sont minimes : il faudra toute l'aide, en particulier, d'un de ses fidèles - l'amitié plus forte que tout, jusqu'au bout - (ne voulant point pourrir la vie de Maureen, il décide de lui donner sa liberté même si cette dernière reste au taquet, dans l'ombre) et quelques bouteilles de whisky pour que notre homme parvienne enfin à rebouger un orteil : la méthode Coué appliquée à la lettre, notre John passant sa vie couché, à se répéter à toute heure : "I gonna move my toe!!!!". Belle leçon de courage mâtinée de comédie salvatrice. Il se relèvera de cette épreuve tout brinquebalant sur ses béquilles ("mi-homme mi ver" comme il se définit lui-même), mais toujours droit comme un "i" dans la tronche. Ayant profité de sa convalescence pour jouer aux écrivains - longue route finalement récompensée -, il n'hésite pas une seconde à rejoindre l'armée après l'attaque de Pearl Harbor : son sens de la stratégie et du commandement lui permettra d'embarquer comme commandant sur un porte-avion et Ford de nous balancer au passage quelques images d'archives pour doper le récit historique de cet homme couillu.

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Un final plein de panache, même s'il est vrai que l'émotion vient surtout d'une poignée de séquences avec la Maureen : lorsqu'il revient chez lui après une très longue absence et la retrouve le moral dans les chaussettes; après s'être occupé des gamines livrées à elles-mêmes sans leur pater, notre John tout contrit prend la Maureen dans ses bras pour redonner un coup de booste à leur couple. Puis c'est l'accident et on aura droit à une nouvelle scène déchirante à l'hôpital où notre homme, sur le flanc, fera couler quelques larmes amères à sa douce en lui donnant ses quartiers. Enfin, ultimes retrouvailles où, bien plus tard (Maureen a un petite mèche blanche sur le front genre gentille Cruella...), notre John prend son courage à deux mains et ses béquilles pour aller retrouver la femme de sa vie et lui dire, de but en blanc, qu'il veut revivre avec elle. Les petits gestes plein d'attention qu'ils ont l'un envers l'autre donnent du poids - l'alchimie entre Wayne et O'Hara est indéniable - à cette trame un peu sacrifiée en route; malheureusement, notre homme part à la guerre dans la foulée, et Ford préfèrera nous laisser sur une image forte de cet homme abandonnant ses hommes malgré lui, plutôt que de nous gratifier d'une ultime séquence avec Maureen (on va pas le refaire, notre Ford, le bougre). Sûrement point un grand Ford mais un portrait plein de respect du gars Wead qui tient tout de même la route, avec une réelle diversité d'ambiances et de tons pas déplaisante. 

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