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Que penser de La Reine Margot quinze ans plus tard ? Avouons que cela démarre sur les chapeaux de roue, la scène d'ouverture dans la cathédrale avec moult figurants tout en costumes nickel s'enchaînant avec celle dans les jardins étant tout autant impressionnantes. Le gars Chéreau semble décidé à frapper fort d'entrée de jeu, et cette séquence où catholiques et protestants se jaugent, se jugent, se gaussent, s'épient, se cachent, est, ma foi, une véritable démonstration de moyens, pour ne pas dire de force, bénéficiant qui plus est d'un montage dopé aux amphètes. La caméra virevolte dans tous les sens et il est bien difficile de ne pas être impressionnés par une telle maestria au niveau de la mise en scène. Rapidement cependant ce véritable cinéma "théâtralisé" à mort ne tarde point à paraître un poil excessif... Déjà, lors de la scène de lutte, entre Anjou (Pascal Greggory) et de Guise (Miguel Bosé), l'intérêt de se battre torse nu ne nous avait point semblé forcément pertinent - si ce n'est à faire étalage des muscles de nos deux bien beaux spécimen mâles. Mais il faudra rapidement se résoudre à cette idée : ce n'était là qu'un avant goût d'un véritable défilé de chair - et de sang...

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Par la suite, à mesure que la nuit de la Saint Barthélemy suit son cours, on a droit à tous les excès : empalements de corps, giclures de sang (oh mon Brialy le bras tout déchiqueté et sanguinolent), violence gratuite (oh mon Brialy jeté du balcon; oh mon Brialy, décidément peu à la fête, dont on écrase la tête), reine_margot_1994_12_gexposition de cadavres (limite Holocauste) et de poils pubiques (personnages typiquement christiques : La Môle (Vincent Pérez) qui reviendra des morts, Charles IX (Jean-Hugues Anglade) qui n'en reviendra pas) et autres petits règlements de compte "entre amis". On comprend l'intérêt de montrer cet entrechoquement des corps lors du combat entre La Môle, protestant, et ce fou furieux de catholique, véritables "frères ennemis" qui se déchirent -avant de faire preuve de plus d'humanité - ou encore lorsqu'il s'agit de souiller la belle robe blanche de notre amie Margot (entachée à jamais par ces crimes qui souillent chaque individu), mais il y a comme une fascination de Chéreau pour cette boucherie qui laisse à force comme un petit (dé)goût amer dans la bouche (ou dans la pupille). C'est forcément dommage car les scènes plus apaisées, notamment celle entre Auteuil (Henri de Navarre) et Anglade (qui hérite du rôle le plus casse-gueule, ce dont il se sort avec un brio qui force le respect), sans mise en scène "exacerbée", parviennent à dégager beaucoup plus d'émotion et de finesse (Pascal Greggory (que l'on imaginerait finalement plus dans Pirates de Caraïbes - mouais j'ai décidément un peu de mal...) à la tête de ses hommes dans les rues de Paris finissant presque à faire penser à une bande de déménageurs en maraude...)

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Il faut tout de même reconnaître que cette troupe d'acteurs enrôlée dans ce projet cher à Chéreau est assez époustouflante : de la diaphane Adjani, d'une somptueuse beauté glaçante, à la venimeuse Virna Lisa au crâne cadavérique, en passant par la troublante et chafouine Dominique Blanc ou par la charmante Asia Argento - et j'en passe, on aperçoit même Valeria Bruni Tedeschi et Hélène de Fougerolles sûrement à l'époque élèves du gars Chéreau, qui a décidément vu passer entre ses doigts du beau linge. Après une première heure ébouriffante et limite exténuante, le film peine un peu à trouver un second souffle, et même les deux séquences de chasse filmées à deux mille à l'heure (Auteuil en combat à main nue contre un sanglier, quelle horreur...) peinent à donner le change. L'agonie du pauvre Charles IX tire, elle, affreusement en longueur et on sent une nouvelle fois comme un malin plaisir, chez Chéreau, à exhiber ce corps suintant littéralement de sang par tous les pores, comme s'il tenait absolument à finir les derniers seaux d'hémoglobine qui traînaient dans le décor. On finit le film, de notre côté, un peu exsangue, comme si celui-ci avait fini par nous tomber sur la tête comme un coup de hache derrière la nuque, comme si ce véritable bain de sang, plein de bruit (la musique de Bregovic, disons-le, n'arrange rien...) et de fureur avait fini par nous engluer. Ne soyons pas néanmoins plus royaliste que Charles IX, il demeure quelques très belles choses - l'ambition du projet, l'énergie qui s'en dégage malgré tout et le jeu absolument délirant d'un Anglade, notamment. Seulement parfois qui trop embrasse mal étreint, alors qui trop étreint... oui bon, c'est du Chéreau, vous allez me dire, indéniablement...       

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