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Premier long-métrage absolument miraculeux de Pedro Costa, dont la fulgurance des images peut difficilement laisser indemne. L'homme croule ici ou là sous les références cinématographiques (de Tourneur à Bresson en passant par Straub-Huillet) ce qui est toujours un peu dommageable, comme si une telle poésie ne pouvait survenir de nulle part... Force est de reconnaître, cela dit, que je n'ai pu m'empêcher pour ma part de penser entre autres, forcément, - au niveau de la trame et des images mais toute proportion gardée...- à La Nuit du Chasseur en découvrant ces deux frères "abandonnés à leur sort" à proximité d'une rivière, mais également... à Mauvais Sang - au niveau de l'utilisation des sons surtout (nappes musicales violonneuses qui pointent le bout de leur nez ici ou là, ambiances sonores gonflées ou soudainement "muettes", voix off parfaitement limpides qui résonnent alors que les personnages sont le plus souvent hors-champs...) et d'éléments disparates (la main bandée, cette bande de vieux de la vieille aux trousses du gamin pour de sombres histoires d'argent que devait le père, un petit travelling latéral dans la rue...). Mais fi de ces passerelles faciles et fastidieuses, laissons à Pedro ce qui est à Pedro, et émerveillons-nous tout simplement devant cette première oeuvre qui distille ses images comme de menus trésors, et dont le fil narratif plein de mystère est à l'image de ses multiples secrets dans le film qui se transmettent ou qui demeurent enfouis. 

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Des liens de sang entre le père et les deux fils, mais surtout une peinture par petites touches de la complicité entre ces deux frères qui tentent de s'épauler tant bien que mal, doublée d'une romance entre l'aînée et la cinégénique Inês de Medeiros... On serait tenté de ne pas en dévoiler plus pour laisser à chacun le soin de s'immiscer dans cette histoire pleine d'ombre et de lumière - un noir et blanc résolument sublime - où les lieux - ce bord de rivière renoirien (oups, je replonge...), cette forêt magistralement "mise en scène", ce cimetière troublant...- s'insère magiquement dans chaque séquence. Pedro Costa a le don de la belle image, du cadre précis, mais sans jamais laisser ceux-ci prendre totalement l'ascension sur l'histoire qu'il nous conte (la dérive esthétisante étant toujours dangereuse pour un premier film)... Un frère protecteur qui tente d'assumer le lourd héritage du passé, laissé par son père, et malgré les menaces qui planent - on assistera d'ailleurs à un "double" kidnapping - le film respire une réelle sérénité, une magnifique complicité, notamment par le biais des regards que les trois personnages principaux ont l'un pour l'autre, par les mots qu'ils s'échangent avec parcimonie... Il se conclue "ouvertement" par une véritable "échappée belle" pleine d'espoir, au diapason de toutes les promesses que renferme un tel cinéma, un tel cinéaste. Même s'il on ne saisit par forcément tous les tenants et les aboutissants de la trame, on se rassure en se disant que c'est un film auquel on aura plaisir à revenir - et qu'on aura plaisir à faire découvrir en route. Un véritable petit délit d'initié cinématographique, disponible dans la toujours courageuse et avisé collection Second Run DVD - et une rétrospective Costa en janvier 2010 à la Cinémathèque Française - je ronge mon frein shanghaïen, pas glop. Du sang pour sang, laissons éclater son enthousiasme et ses globules en cette fin d'année frigorifiante.      

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