etreintes_brisees_18Vu le résultat des élections européennes, j'ai bien fait d'aller me taper un peu de beauté juste avant. Oui, parce que le dernier Almodóvar est beau. Comme tous les autres, direz-vous, et je réponds oui. Ca tombe bien : Etreintes brisées n'est ni moins beau, ni plus beau que les précédents films du maître. Emouvant, réalisé et écrit à la perfection, rempli d'acteurs impeccables et magnifiés par la mise en scène, soutenu par une belle musique, glamour et mélodramatique, drôle et profond... il est tout ça, mais presque comme d'hab. Force m'est une fois de plus de reconnaître que Almodóvar, ça n'est pas vraiment pour moi, malgré le respect infini que j'ai pour ses films absolument irréprochables.

etreintes_brisees_articleQuand même, celui-ci est particulièrement réussi. Le scénario est ample et savamment distillé, faisant se dérouler une histoire foisonnante et très touchante sur le thème du regard, ou plutôt du regardant et du regardé. En suivant la petite Penelope Cruz dans ses passions (pour le cinéma, pour l'amour, pour le réalisateur de son film), Almodóvar décline avec un beau classicisme cette thématique, surenchérissant sans arrêt dans la profondeur des symboles qui émaillent cette trame romantique. Depuis l'homme qui apprend que sa femme le quitte par un savant dispositif de doublage de film en direct, jusqu'au personnage principal, un réalisateur aveugle ; depuis les nombreuses allusions au Peeping Tom de Powell jusqu'au personnage du voyeur obsessionnel qui finit par mettre une ceinture de sécurité à sa caméra ; depuis ce puzzle de photos sensé secréter la vérité de l'amour jusqu'à ces dizaines de plans sur des regards qui s'échangent ou qui se fuient, on assiste à une véritable "grammaire de l'oeil" (c'est d'ailleurs le très beau plan inaugural du film), 1mais qui ne débouche jamais sur une trop grande cérébralité : Almodóvar est avant tout un sentimental assumé, et transforme la théorie en fulgurances poétiques parfois magnifiques (ces mains qui caressent l'écran qui projette la femme aimée). Quant au dernier quart-d'heure, il finit de vous tordre le coeur, en usant d'un biais qu'on n'attendait vraiment pas (je ne dirai rien, ce serait dommage).

Il faut sans aucun conteste se précipiter sur le Almodóvar 2009, comme il faudra se précipiter sur le suivant. Impossible de ne pas aimer ça. Voilà tout ce que je peux en dire. (Gols 07/06/09)


Pas grand chose à reprocher en effet au père Almodovar qui livre une bien jolie réflexion sur "l'art de voir", voire "l'art d'entendre" (jouer juste), qui multiplie les petits clins d'oeil cinéphiliques - en haut des étagères almodovariennes il n'y a point le Coran mais 8 1/2 ou Ascenseur pour l'Echafaud, qui nous donne à voir une Pénélope almodovarissime insolente de beauté et de finessssse et pourtant, pourtant... ben j'ai encore eu toutes les peines du monde à vibrer.

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Il y a bien pourtant ces petites pointes (trop rares) de fougue érotique (la première séquence très tactile à laquelle répondra, à la fin, cette superbe "caresse" des images de notre héros aveugle - le baiser image par image sur l'écran - ou encore le premier baiser "animal" entre ce même héros et Pénélope) mais pour ce qui est véritablement des relations père/fils d'amour ou de haine (diablement téléphonées ces histoires de fils secrets et de fils vengeur...) , voire les simples relations sentimentales et passionnées au sein du couple phare, j'ai eu la douloureuse sensation que le feeling était resté au vestiaire. Bref, je trouve dorénavant (depuis plusieurs films déjà, malheureusement) les histoires alambiquées d'Almodovar fort plaisantes à suivre mais quand le générique finit par tomber, force est de m'avouer que le gars ne m'a pas vraiment embarqué avec lui. J'admire la petite machinerie narrative du gars - et d'un point de vue technique, que reprocher à ces cadres au taquet? po grand chose, c'est du nanan! - mais l'émotion est comme absente dans mon petit coeur de spectateur sûrement toujours en attente de la véritable folie du gars qui éclaterait au détour de n'importe quel plan - bêtement nostalgique d'un autre temps, sûrement... Le type s'est assagi, c'est fatal, est devenu sûrement plus mature, tant mieux pour lui, mais son cinéma glisse un peu sur moi comme si je feuilletais futilement un magnifique livre d'images joliment colorées. J'en suis le premier surpris et déçu et je continue malgré tout d'attendre la prochaine mouture du gars comme le prochain Woody mais en me faisant de moins en moins d'illusion sur ma propension à fondre béatement d'admiration, à me faire secouer, à me faire chavirer... Bon Pedro, sans rancune, je reste sur qui-vive, promis. Tiens, je vais d'ailleurs me faire dans la foulée le court-métrage gracieusement offert sur le DVD, c'est dire. (Shang 28/12/09)       

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La concejala antropofaga (2009) de Mateo Blanco ou, pour être franc, Pedro Almodovar

la_concejala_antropofagaCarmen Machi, conseillère (de droite) aux affaires sociales, se lance dans un one women show sur le sexe absolument hilarant (pourquoi ne me suis-je pas autant bidonné lors de la vision d'Etreintes Brisées? La trouille...?): depuis l'âge de quatre ans, elle ne pense qu'à mettre la main au "paquet" des mecs et regrette de ne jamais être tombée dans sa famille sur un pédophile (olé Pedro, il est cho!). Elle évoque, entre une part de flan qu'elle avale et un gramme de coke qu'elle se fourre dans la narine, ses obsessions sexuelles et parle notamment de son fantasme sur les gros orteils des mâles - les petits conseils qu'elle donne face caméra sont à tomber. Avec son débit de mitraillette, elle enchaîne une bonne vingtaine de vulgarités sexuelles (ouh là, super choquant) en douze secondes et en cinq minutes parvient, à la fois, à nous faire fondre de rire et à nous donner envie de voter à droite (je déconne, attention) "Franco, c'était bien, mais pour le sexe...". Du Almodovar pur jus au niveau de l'écriture, indispensable court pour les fanas du Pedro, définitivement en pleine bourre. Viens là que je t'étreigne mon gars, quand même.