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Un film où l'héroïne s'évanouit au moins trois fois en 1h12 peut honnêtement prétendre à l'appellation de drame. On est en 1913, et il ferait bon d'être indulgent envers ce bon Victor qui bénéficie sensiblement de moins de moyen que James Cameron. On plante une caméra qu'on enfonce bien dans le sol (un vrai sens du cadre, cela dit, au passage), allez hop ça tourne, si la gamine de 1 an trois-quarts regarde constamment la caméra ben on ne va pas non plus se rendre malade, roulez jeunesse... L'histoire est sérieusement construite, reconnaissons-le, mais les plans tirent, eux, souvent un peu en longueur - on a bien compris l'idée de la scène au bout de dix secondes, po besoin d'en rajouter dix de plus, quitte à être caustique et malveillant; Sjöström gagnera définitivement par la suite en efficacité. Mais bon, d'un autre côté, ma grand-mère avait alors tout juste un an et franchement, pour l'époque, cela devait déjà paraître du solide, ne soyons pas bégueule.

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Tout commence sous les meilleurs auspices chez les Holm : un petit bout de jardin qu'on cultive en famille - le pater et la mater, la grande fifille, le cadet et le petit dernier qui marche bien mais ARRETE de regarder la caméra bon Dieu, on te l'a dit déjà -, et, de retour à la casa, une lettre qui annonce qu'un prêt pour ouvrir une épicerie leur est accordé. Bon cinq minutes de bonnes nouvelles, voilà c'est mort, le reste n'est que du drame : le pater tousse, a l'air faiblard, tombe d'un escabeau, est alité, meurt : évanouissement number one pour Ingeborg, la mère donc. Celle-ci se choppe un ulcère à l'estomac, l'épicerie fait banqueroute, les Holm sont sur le carreau, les gamins sont confiés à des parents adoptifs (je vous passe les pleurs, les embrassades, les soupirs... on dirait moi quand mon chien part pour la quarantaine...): évanouissement number two. Elle bosse à l'armée du salut local, apprend que son bambin est malade, s'enfuit du centre, parvient exténuée au chevet du gamin, se cache dans la cave pour échapper aux inspecteurs (c'est presque aussi tenu qu'Inglourious Basterds), se fait pincer : évanouissement number three. On se doute bien que notre pauvre Ingeborg est vachement fragilisée à force et qu'elle est à deux doigts de perdre la tête - on ne peut décidément rien vous cacher... On aura droit à un épilogue, 15 ans plus tard, histoire de sauver les meubles et de tenter de rester sur une note gaie, c'est le réveillon putain, Victor va quand même pas nous plomber la journée. Bon, on l'aura compris, on est dans "le drame dramatique" tendance lourde et on peut, sans trop s'avancer, annoncer qu'Hilda Borgström (Ingeborg) a perdu au moins 12 kilos sur le tournage, rien qu'en pleurs. Les scènes en extérieur sont relativement vivantes, même si parfois on se marre à voir les acteurs faire quasiment des moulinets avec leurs bras et rouler des yeux comme un dragon chinois pour signifier qu'il y a un blème (Ingeborg s'est échappée, ça va, on a compris, on a assisté à la scène en plus, on ne va pas en faire encore un drame...). Honnête, mouais, Sjöström saura heureusement se montrer cent fois plus innovant et convaincant par la suite.    

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