19179095_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20091005_054559On ne rend pas assez justice à Cameron dans ce blog. Le gars mérite pourtant toutes nos éloges, comme ayant réalisé un pur chef-d'oeuvre (Abyss), et une poignée d'autres trucs sympathoches, qui savent toujours mêler l'intime au grandiose, le plus petit sentiment aux énormes barnums techniques. C'est donc avec confiance qu'on attaque cet opus 2009, confiance que l'on garde environ 13 secondes après le début... Eh oui, parce que Avatar est un énorme ratage à tous les points de vue, qui vient tranquillement démentir tout ce qu'on croyait acquis chez Cameron : le sens du spectacle, une vision personnelle, l'utilisation originale des effets spéciaux, la profondeur du propos, l'humain envisagé comme un rempart contre la barbarie (Terminator). Aux orties, tout ça : cette fois, on va avoir droit à un film pour débiles mentaux, d'une laideur totale, d'un propos douteux, immense moment d'ennui de 2h40 qui ferait passer Le Seigneur des Anneaux pour un traité de Kierkegaard.

19179094_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20091005_054559Formellement d'abord : pourquoi Cameron a-t-il attendu 12 ans et de nouvelles technologies si c'était pour nous pondre cette imagerie usée jusqu'à l'os ? Quiconque a pratiqué deux minutes un jeu vidéo connaît déjà ces décors clicheteux mélangeant les falaises d'Etretat et la SF de bas-étage, l'héroïc fantasy la plus ringarde et les archétypes new-age école "Nature et Découverte". Immonde dans ses couleurs, archi-vu dans son univers, ridicule dans les créatures qu'il invente (une faune affreuse qu'on distingue à peine dans la mélasse unie des effets spéciaux, et qui porte des noms genre "othorinor" ou "mardafulk"), le film semble sorti du cerveau d'un gars de chez Sony des années 80. Si vous y ajoutez une musique gerbante (des pipeaux, des nappes de synthé, des choeurs à la con, on dirait les mecs déguisés en Indiens qui font la manche à Avignon) et un montage épileptique qui brouille la vue, vous aurez une idée de la douleur qu'il y a à s'infliger cette bouillie technique. Certes, les expressions des personnages sont vraiment crédibles, au poit qu'on se demande pourquoi Cameron n'a pas tout simplement tourné avec des vrais acteurs plutôt que de les reproduire si fidèlement, mais on aurait préféré 19187517_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20091022_044612qu'ils le soient moins : ça nous aurait évité de constater que les acteurs sont nuls. Cameron est le premier cinéaste à réussir l'exploit de faire jouer mal une image de synthèse, beau challenge. Dialogues ridicules, jeu outré, le tout balancé avec un sérieux papal par des personnages peints en bleu, j'avoue que j'aime autant Pialat.

Quant au fond, il frôle au mieux la déception, au pire la crétinerie totale. Cameron a dû engager des élèves de CM1 en charge d'un dossier illustré sur l'écologie, sinon je vois pas.La base semble pourtant bonne : un homme handicapé se voit proposer une identité autre, grâce à un clone puissant ; on sent que Cameron a envie de nous parler d'une humanité malade, en bout de course, cassée, dont la seule solution pour survivre se situe dans la synthèse, dans la création d'un monde parallèle privé justement d'humains. Le clone est envoyé en mission chez une peuplade à la con (les gars en bleu qui prient devant un arbre et branchent leurs nattes sur les antennes des parldufrok, des animaux volants, mmm mmm) et découvrent là que les hommes sont effectivement bien méchants et qu'il vaut mieux parler aux plantes et aux parldufrok plutôt que de faire la guerre. Autrement avatar_tank_lo_1466784cdit : le seul salut de l'homme est de perdre son statut d'homme. Discours à peu près inverse de celui de Terminator, on le notera, et qui réussit bien moins à Cameron : dans son apprentissage d'une société soi-disant edenique et parfaite, le clone ne fera que retomber dans le pire de l'humanité (le patriarcat et les femmes étouffées, la déification de la virilité, la religion à la con, la guerre comme ultime solution à tous les maux). Incapable de voir plus loin que le bout de son nez, Cameron n'arrive jamais à sortir son film des carcans éternels du film d'action couillu : les vrais hommes sont ceux qui domptent les monstres et savent se battre.

Peut-être y a-t-il derrière tout ça une traversée (rapide) de quelques horreurs perpétrées par l'armée en 200 ans, depuis le massacre des Indiens (traités ici dans tous leurs clichés baba-cool) jusqu'à la guerre du Vietnam, en passant par le 11 septembre (mis sur le dos des militaires américains, sans autre forme d'explication). Les seules scènes intéressantes sont d'ailleurs dans l'effondrement de cet énorme arbre, qui rappelle les images du World Trade Center : les effets spéciaux y sont enfin utilisés à bon escient. Mais cette piste à peine esquissée est étouffée dans l'oeuf par une vision avatar_article_bigréactionnaire des rapports humains, et par quelques réflexions qui valent leur poids de grand n'importe-quoi communautaire ("Un homme naît deux fois : la deuxième fois, c'est quand il est accepté par son peuple", putain, mais ça veut rien dire, ou alors c'est complètement faux !). Puisqu'on est dans les dialogues, beaucoup aimé aussi la précision scientifique au taquet : "Les arbres communiquent entre eux à 10 puissance 4, et il y a 10 puissance 12 arbres dans cette forêt !". Il y a franchement plus de documentation sur les Indiens dans un vieux Lucky Luke que dans cette merde new-age poussive et inregardable : voilà un film auquel je donne 10 ans avant qu'il soit considéré comme un des grands nanars de la décennie.