18818368_w434_h_q80Ah c'est sûr que si vous voulez de la subtilité et du jeu d'acteur nuancé, on vous conseillera plutôt Claude Sautet. Quand on envoie un Scorsese dans son lecteur, on ne s'attend certes pas à trouver des couleurs pastels et de la mesure. Cape Fear, dans ce sens, est un archétype scorsesien, grimaçant, excessif, presque clownesque à force d'expressionnisme, et qui balance ses thèmes à la gueule du spectateur comme d'autres balancent des skuds. Furieusement premier degré, le film ne s'embarrasse pas de formules, et c'est une de ses qualités : on ne se prendra pas la tête outre mesure pour deviner que Martin est en train de nous parler de ses thèmes habituels, poids du péché, faute originelle, vengeance, effroi sexuel, etc. Frontal et très simple dans son déroulement, il est une sorte de "Scorsese pour les nuls", idéal pour faire une thèse sur ses tourments catholiques sans avoir à se retaper ses autres films. Il est vrai que, du coup, ça ressemble un peu à une caricature du maestro, comme une compil un peu indigeste de ses plus grands succès.

On ne sait pas trop si on doit ricaner fielleusement ou s'incliner devant le jeu outré des acteurs : Juliette Lewis en minaudante adolescente perverse qui se dandine comme une oie, Nick Nolte en père la Vertu ambivalent qui a vraiment du mal à effacer sa virilité devant De Niro, Jessica Lange en héritière d'un cinéma psychologique 60's (elle est assez nulle, comme ça, à tortiller son pull pour montrer ses hésitations intérieures),... et surtout mister De Niro dans un numéro proche d'Achille Zavatta en pleine gloire, 17 expressions différentes par phrase, traitant le jeu d'acteur en art du combat par KO. Il est ridicule, et bien entendu cape_fear_1991_685x385grandiose à la fois : il semble que cette outrance soit la seule façon de jouer ce personnage symbolisant le Mal à lui tout seul, et le Robert est l'acteur idéal pour ça. Il est franchement impressionnant, surtout dans ses dernières scènes où il est sans cesse dans la surenchère de ce qu'il vient de faire ; il pousse toujours un peu plus loin, et si Scorsese ne décidait de mettre un terme à son film au bout de 2 heures, on l'imagine continuer ainsi à ajouter des couches les unes sur les autres. C'est sur lui que le film tient ; pour le reste, c'est la panoplie habituelle, avec trop de scènes attendues et un flou très net au niveau de l'écriture. Ma mise en scène est souvent très belle dans l'excès, avec ces profondeurs de champ invraissemblales qui brouillent les mises au point, avec ce montage élégant qui voit un personnages terminer le geste esquissé par un autre sur le plan précédent, avec ces staccatto de changements d'angles sur les scènes les plus banales de dialogues... Aucun doute : Marty sait filmer, même quand il n'a comme matériau de base qu'un scénario assez clicheteux de série B. Une parenthèse bien agréable.

vlcsnap_520192