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Un petit Hiroshi Shimizu de derrière les fagots, joliment teinté qui plus est (le fuchsia est peut-être à déconseiller aux albinos, cela dit), ça peut pas faire de mal. Alors c'est vrai que la trame n'a rien d'extraordinaire - deux soeurs qui, au départ, aiment le même homme -, seulement, sans chercher non plus à s'extasier devant tout ce qui date d'avant 1930, il faut bien reconnaître que Shimizu fait preuve d'un sens du découpage dans ses séquences absolument bluffant. C'est toujours un plaisir d'observer ses champs/contre champs où il prend toujours soin de varier - avec intelligence - l'angle de prise de vue, sa façon d'insérer ici ou là un gros plan (j'en veux pour exemple la scène de dispute entre la plus jeune soeur, Reiko, et son mari avec ces petits inserts sur les mains du bonhomme énervé), de nous gratifier de travellings (dès la séquence d'ouverture, ces effets, en travellings avant et arrière rapides, sur le visage de la soeur aînée en plein cauchemar) ou de mouvements relativement fluides et complexes (la caméra pesait combien de tonnes à l'époque ?) - en particulier lorsqu'il nous fait découvrir cette salle de danse pour personnes friquées. Cela dynamise énormément son récit et ce n'est pas un hasard s'il multiplie également les scènes dans les divers moyens de transport : la voiture (objet de modernité et de convoitise pour nos donzelles), le train, voire même, à la fin, le bateau, permettant de traduire avec une belle énergie cette impression d'un monde - et d'une nouvelle génération - en perpétuel mouvement.

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Toshie est verte : sa jeune soeur s'apprête à convoler en justes noces avec Mr Narita, le seul homme qu'elle ait jamais aimé. Avant même qu'elle tente une approche auprès de Narita pour dévoiler ses sentiments, le mal est fait, et la bougresse ne peut s'empêcher, le jour du mariage de sa soeur, de s'évanouir de douleur - diablement émotive, la pauvresse. Mr Narita va cependant rapidement s'apercevoir qu'il s'est malheureusement marié à une coquette (ça se voyait au premier coup d'oeil, elle avait pas vraiment l'air d'avoir inventé la poudre de riz), plus attentive à la grosseur d'une bague ou à celle d'une bagnole qu'aux attentions de son mari. Toshie de son côté ronge son frein, mais ne tarde point à recevoir les faveurs de l'un de ses boss, un veuf avec trois gamins joliment nanti. Ce n'est peut-être pas vraiment son genre mais quand elle pense à la vie de luxe qu'elle pourrait avoir à ses côtés, elle se met à y réfléchir à deux fois (c'est vrai, quitte à être malheureuse, autant que ce soit en ayant de la thune... Bel esprit, je constate). Elle rend visite au veuf, en villégiature avec ses gamins et ses diablesses de nièces, et la pauvre Toshie de se retrouver vite humiliée parmi ces gamins pourris qui la considèrent comme une bonniche voire pire - genre la fille olé-olé... Grosse déception. Pendant ce temps-là, sa soeur s'est barrée de chez elle pour suivre un petit moustachu plein de pognon. Toshie, la mort dans la l'âme (elle pourrait sauter sur l'occase et piquer Narita, mais nan), fera tout pour que les deux époux fassent la paix. Po gagné d'avance.

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Les deux donzelles ne sont pas du genre à faire du sur-place et tergiversent rarement longtemps avant de prendre une décision - des années un peu fofolles, quoi, même de ce côté-là du monde. L'argent mène son monde, et si le personnage de Reiko ne s'en cache pas - rien d'attirant dans ce moustachu qu'elle suit, juste l'envie de se distraire et de péter dans la soie -, Toshie n'est guère plus innocente de ce point de vue-là. Elle semble beaucoup plus réfléchie et sentimentale que sa soeur, mais finira malgré tout par céder aux avances de son boss... Le monde ne change pas tellement finalement...Superbe précision des cadres et de la mise en scène : la façon dont un visage courroucé fait, par exemple, soudainement irruption dans l'image, ou encore ce plan sur la pauvre Toshie à terre pleurant les larmes de son corps, dans un coin de l'écran, pour que sa soeur revienne sur le droit chemin...; on en a décidément pour notre argent au niveau formel et ce à défaut d'assister à des mésaventures sentimentales d'une grande originalité. Parfaitement mené. 

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