16 décembre 2009

The Hurricane de John Ford - 1937

vlcsnap_2009_12_16_22h57m59s118On sent bien que The Hurricane n'intéresse Ford que pour ses dernières bobines. Les deux premeirs tiers de la chose sont franchement bâclés et indignes du maître. Difficile d'ailleurs de reconnaître dans ces aventures exotiques la marque de Ford, tant le sujet semble éloigné de lui. Le tableau : une île idyllique au large de Tahiti, sa population heureuse, son gouverneur français à cheval sur les principes de la loi, et un gentil marin (mix entre Gérard Philipe et Erroll Flynn) qui marie une vahiné sucrée. Au cours d'un de ses voyages, le bon petit gars balance un gnon à un ponte et se fait emprisonner, ses tentatives d'évasion lui rapportant systématiquement deux ans de plus à tirer. Sur l'île, c'est la consternation : le héros manque, et le gouverneur est de plus en plus psycho-rigide sur la discipline et refuse d'aider notre gars.

Toute cette partie est certes intéressante au niveau des personnages, Ford sachant toujours bien dessiner les caractères pour les rendre crédibles et profonds ; on comprend bien qu'on assiste à l'éternel combat entre la loi et la raison, et on se pose les questions qui vont avec : jusqu'où doit-on aller dans le respect des vlcsnap_2009_12_16_19h44m28s227règles ? quel est le pouvoir du politique et de la pitié dans ce genre de combat moral ? etc. Le scénario est adapté d'un roman de Norhoff et Hall, pas manchots quand il s'agit de densifier des caractères et de créer des situations fortes (lisez la splendide trilogie de "la Bounty" chez Phebus). De plus, Ford réussit quelques scènes, notamment une vaste ellipse très joliment montée qui montre les différentes évasions du marin, et ses échecs successifs. Il sait rendre son personnage principal diablement glamour, malgré la fadeur de l'acteur et le peu d'intérêt de son personnage unilatéral, grâce à ses lumières, ou à sa direction d'acteur très physique. Mais trop de lourdeurs là-dedans : une musique infâme et omniprésente, une historiette d'amour qui n'en finit pas de finir (onze mille courses badines sur la plage entre les deux tourtereaux avec force rires joyeux et moult baisers sur la bouche, c'est bon, on a compris qu'ils s'aiment et sont un peu niais), et surtout des propensions au documentaire qui échouent complètement : tout sonne faux dans ces descriptions du quotidien des indigènes, leurs fêtes, leurs rites, etc. On se ballade dans une carte postale sans vie, et on attend que ça passe avec un air morne.

vlcsnap_2009_12_16_22h42m28s21Et puis, aux deux tiers donc, il y a la fameuse scène de l'ouragan. Et là, rien à dire, Ford envoie méchament du pâté. C'est peu de dire que cette partie est spectaculaire : pendant 25 bonnes minutes, il balance des milliers de tonnes de flotte à la gueule des figurants, détruit méthodiquement son décor, filme un chaos monstrueux, tout ça avec un sens du montage et du spectacle absolument imparable. On est littéralement immergés dans les vagues avec les personnages, et le film devient vraiment brutal dans sa façon de décimer systématiquement toute la joliesse de sa première partie. Voilà qui renoue avec les grands films d'aventures holywoodiens qu'on aime, et les effets spéciaux sont vraiment bluffants. Ford s'éclate enfin, et on voit bien qu'il a tout misé là-dessus en se tamponnant un peu de tout ce qui précède. On l'imagine très bien en train de hurler dans son mégaphone au milieu de ses figurants à demi noyés. Rien que pour ce spectacle-là, on est obligé d'aimer The Hurricane, sorte de Titanic avant l'heure et qui est presque aussi impressionnant que celui-ci.

Posté par Shangols à 23:29 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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